Le porteur d’eau a depuis des millénaires été un des éléments essentiels des civilisations qui se sont développées sur notre bonne terre. On en retrouve les premières traces en Asie occidentale comme la Mésopotamie. En effet, à cette époque, l’eau était déjà l’objet de culte ainsi que le démontre la représentation d’une déesse de l’eau attribuée aux Amorrites.
Plus tard, peu avant notre ère, ce sont les Romains qui ont mis en pratique l’alimentation en eau douce des habitations. Pour ce faire, ils amenaient souvent de fort loin ce liquide précieux au moyen d’aqueducs, sorte de canaux généralement à ciel ouvert traversant monts et vallées à l’aide d ‘ouvrages d’art colossaux. Certains de ces ouvrages existent encore tels le célèbre Pont du Gard destiné à alimenter Nîmes. Cette eau était distribuée dans les maisons par des canalisations de grès. À ce propos, il faut se rappeler que ces Romains utilisaient la géothermie pour chauffer les locaux mais aussi pour alimenter en eaux miraculeuses des bassins d’ablutions collectives créant ainsi les thermes où l’on soignait les soldats blessés, et dont les bienfaits sont encore aujourd’hui mondialement reconnus.
Ensuite vint la période de décadence et c’est vers le XIe siècle, après la grande peur de l’an mille, alors que les cités se développent tant à l’horizontale qu’à la verticale tout en s’éloignant des points d’eau, que les porteurs d’eau devinrent un des rouages incontournables de ce qui était devenu des villes. Tout au long des siècles, la recherche, le captage, le traitement et la distribution de l’eau, suivent et quelques fois précèdent le développement des technologies jusqu’à l’usage de l’énergie nucléaire qui, par dessalement de l’eau de mer, permet d’alimenter en eau douce certaines populations de territoires désertiques.
Mais à l’aube du troisième millénaire, il existe encore sur le globe des zones dont les populations se voient privées de cet élément aussi précieux et indispensable à la vie qu’est l’eau.
En effet, bien qu’aujourd’hui nous connaissions les ressources en eau douce dans de grands déserts quasi inhabités comme le Sahara, il est des endroits où les ressources disponibles sont inconnues. Des endroits où l’on doit faire appel à des sorciers ou sourciers pour, avec le temps, beaucoup de pratique, un peu de chance et souvent beaucoup d’argent, trouver un captage qui, après une prière fervente à la Déesse des Eaux, pourra subvenir aux besoins des population pendant des décennies. Des endroits où l’on voit resurgir la digne et indispensable profession qu’est celle des porteurs d’eau. Certains, grâce à la solidarité inter-cités, et usant de moyens de l’époque, assurent l’approvisionnement des laveuses et autres chasse d’eau. D'autres commercent à grand renfort non de jarres mais de bidons et permettent ainsi à ces mêmes populations l’usage et la consommation d’eau potable.
Ceci, dans certains cas, dure depuis des années. Les populations rendues responsables moralement et pécuniairement ne savent plus à quelle déesse se vouer. Car, comme dans de nombreux cas touchant la santé publique, plus elles paient moins elles reçoivent de services.
Alors doit-on faire comme les Romains et se tourner vers César Maître des Sources ou vers ceux qui comme lui ont fait voeu : «DE POURSUIVRE LA FORTUNE JUSQU’AU FOND DE L’EAU» ?
