Audet, Charles
Audet, François
Audet, Gaston
Audet, Richard
Audet, Symon
Beaulieu, Bernadette
Beaupré, Yolande
Bélanger, Jeannine
Bellegarde, Dorisse
Bernier, Ghislain
Bilodeau, Claude
Bilodeau, Mario
Blais, Réginald
Boilard, Marie-Rose
Bonneau, Rita
Boulanger, Martin
Bouliane, Donatien
Bourque, Benoît
Brouard, Alain
Bureau, Raymond
Camiré, Jeannot
Carignan, Réjeanne
Chamberland, Carole
Comptois, Mariette
Côté, Sylvie
Couture, François
Couture, Martin
Croteau, Stéphane
Croteau, Yves
Daigle-Roy, Réjeanne
Demers, Laurent
Demers, Louisette
Demers, Martine
Doyon, Yvan
Dufour, Réal
Durand, Roméo
Dusseault, Brigitte
Dusseault, Guylaine
Dusseault, Lyne
Dusseault, Valérien
Faucher, Normand
Fecteau, Gérard
Fortier, Georgette
Gagnon, Berthe
Gagnon, Jocelyne
Gardner, Pierre
Geoffroy, Michel
Gouin-Beaudoin, Étiennette
Gouin-Côté, Marie-Anna
Grimard, Bruno
Grimard, Véronique
Houle, Nancy
Jacques, Henri-Paul
Jacques, Pauline
Jacques-Fortier, Gaétane
Jean, Robert
Jolicœur-Roy, Madeleine
Lachance, Marguerite
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Lacroix, Bertrand..........................................
Lacroix, Germain
Laflamme, Jocelyne
Laliberté, Éric
Lambert, Huguette
Lapointe, Lucie
Lapointe, Raymonde
Lavoie, Réjean
Lecours, Henri
Lehoux, Marcel
Lemay, Fernande
Lemay, Luc
Lemay, Marcel
Marcotte, Germain
Marcoux, Lise
Martin, Jocelyne
Moreau, Aurélien
Moreau, Mariette
Morin, Heïdi
Nadeau, Gilles
Paré, Clémence
Parent, Alain
Parent, André
Paulin, Michael
Perreault, Gaston
Perreault, Jocelyn
Perreault-C., Myriam
Phaneuf, Jean-Guy
Poirier, Line
Pommerleau, Linda
Proteau, Isabelle
René, Raymond
Richard, Cécile
Roberge, Isabelle
Rodrigue, Thérèse
Rouillard, Daniel
Rousseau, Gaétan
Rousseau, Jacqueline
Roy, Céline
Roy, Florian
Roy, Guy
Roy, Roger
Roy, Thérèse Rachel
Ruel, Daniel
Sadoine, José
Sévigny, Clément
Sévigny-N., Patrice
Sévigny-N., Simon
Sirois, Suzette
St-Laurent, Gérard
St-Pierre, Lise
Tougas, Fernand
Tougas-Parent, Denise
Toupin, Jean-Denis
Turcotte, Francine
Turgeon, Monique
Vaillancourt, Pierre
Vallée, Richard
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Cette histoire se passe au Havre en tout début d’octobre 1944.
Les bombardements ont cessé et les derniers occupants sont morts ou se sont rendus depuis près de 3 semaines.
Il fait beau et chaud.
Ce qui reste de notre grande ville, est recouvert d’une brume jaunâtre chargée de poussières aux odeurs insupportables.
Effluves morbides, relents de mort et de cordite qui, mélangés aux effluents acres des feux qui couvent encore, s’exhalent tel un mirage nimbant un désert de ruines au-dessus desquelles semblent planer quelques pans de murs.
Stalagmites d’un monde dément disséminées au milieu d’une désolation en forme de demi-cercle de plusieurs kilomètres de rayon allant d’ouest en est, du pied de la haute ville, de la mer d’un côté à l’embouchure de la Seine de l’autre.
Malgré tout, au milieu de l’apocalypse la vie reprend. Les survivants déambulent au milieu des tas de gravats. Certains dans l’espoir fou de retrouver un être cher ou un bien précieux. D’autres ou les mêmes, en quête de bois ou de morceaux de charbon qui leur permettraient d’alimenter un foyer de fortune ou de constituer des stocks pour ce nouvel hiver qui s’annonce. D’autres encore, plus opportunistes, voire détrousseurs de cadavres, s’activent, cherchant fortune, tels des goélands sur la grève après un naufrage. À ces survivants viennent progressivement s’ajouter ceux qui, comme ma famille, étaient réfugiés hors des limites de la ville.
Les activités apparentes sont celles liées à la guerre qui se poursuit ailleurs vers les frontières de l’Est.
Les troupes britanniques et canadiennes qui ont libéré la ville, ont cédé la place aux troupes américaines.
Les premières préoccupations de ces troupes sont, tout d’abord d’ouvrir des voies de communications, et ensuite de redonner vie au port. Les quais détruits sont remplacés par des plans inclinés permettant aux véhicules amphibies de procéder au déchargement des « Liberty-Ships », stationnés au milieu des bassins. De cette noria de « ducks » débarquent aussi bien les troupes, que leurs matériels et leur ravitaillement, le tout immédiatement acheminé vers le front. Je vois encore tous ces gars heureux de mettre pied à terre et je ne peux m’empêcher aujourd’hui de penser à tous ceux qui n’ont jamais revu leur terre natale.
Mais, pour les civils que nous sommes, rien ne paraît organisé.
Pourtant, cette vie qui reprend ressemble étrangement à une fourmilière fraîchement dérangée.
Ainsi, au travers ce fourmillement, trois choses paraissent mobiliser les énergies : se nourrir, s’abriter et curieusement mettre les enfants à l’école.
Cette école, perdue sous la botte, pendant 5 ans presque 6, perdue dans les méandres de la guerre, alternant de la conviction profonde au désespoir, en passant quelquefois par l’abandon, rarement par l’avilissement.
Mais quel courage avaient tous ces profs, instits et autres pour continuer à distribuer le savoir.
Quel courage avaient ces instits de campagne, où dans une classe unique se retrouvait une soixantaine d’enfants. Quel courage avaient ces « maîtres et maîtresses » pour assurer l’osmose entre ces marmots des villes, « maudits réfugiés » et les petits villageois ancrés dans leurs traditions.
Enfin, le cadre tracé, voici narrée cette histoire bouleversante et authentique.
Le collège a rouvert ses portes ou plutôt les portes du lycée se sont ouvertes pour accueillir les collégiens devenus des sans-abri.
Les classes sont bien entendu surchargées.
En 5e, 36 places accueillent 75 élèves, imposant qu’une moitié puisse s’asseoir le matin, l’autre l’après-midi. Quant aux trois plus « mauvais » ils restent debout.
Le midi, pas de cantine.
Il fallait donc rentrer à la maison pour ceux qui en avaient une.
Comme ce n’est pas mon cas, je rejoins mon père « Chez Famery », une petite boutique de la rue d’Étretat faisant office de restaurant ouvrier où un plat chaud fait notre bonheur.
Donc l’un de ces midis, avec deux copains, sur le chemin du casse-croûte, alors que nous longieons une montagne de briques, nous apercevons au loin ce qui, de toute évidence, est un chien ou un chat lové au sommet d’un monticule de débris de toutes sortes.
Notre curiosité exacerbée par les évènements et l’ambiance générale qui en découle, nous pousse à nous rendre jusque là pour voir ce qu’il en est de ce pauvre animal, qu’à priori nous pensons sinon mort, du moins blessé.
Arrivés sur place, nous constatons que cette pauvre bête est un chien noir et blanc, sans race, genre ratier croisé porte et fenêtre, et que ce chien est bien vivant. Vivant certes, mais sans réaction, à tel point qu’à notre approche il ne bouge pas. Seules sa position et sa lente respiration permettent d’être rassurés quant à son état.
État de maigreur extrême mais sans blessure apparente. Nous lui parlons et il bouge. Il bouge et, sans relever la tête, nous regarde.
Ses grands yeux noirs et brillants paraissent pleins d’interrogations. Mais aucune autre réaction. Le temps passe et il nous faut faire vite car les minutes nous sont comptées. Nous devons être de retour au Lycée/Collège avant 1h30, sinon gare aux colles.
Nous convenons alors que les copains qui habitent le quartier passeront le soir pour lui apporter de l’eau et un peu de nourriture prélevée en douce sur le plat du jour.
Le lendemain matin, lorsque nous nous retrouvons avant les cours, nous décidons que ce midi nous ferons un détour rapide par le Monoprix reconstitué, pour essayer de nous procurer de quoi porter à notre protégé. Quitte à voler un biscuit car nous n’avons pas d’argent. Ce qui fût dit fût fait et même plus. Car à trois, nous avons « pris » deux de ces biscuits, genre « biscuit de soldat » dur comme du béton. Nous ne sommes pas très fiers de cet exploit. Malgré tout, nous sommes heureux de pouvoir subvenir aux besoins de celui que nous appelons « Vagabond ». Ce nom, qu’à ce jour tout le monde prononce, en souvenir du petit groupe de résistants si efficace dans notre région et dont le nom, avant d’être fusillé, était « Vagabond bien aimé ».
Ce nom lui va si bien, à ce pauvre chien qui couche dehors sur ces ruines désolées. Inutile de dire que c’est en courant que nous sommes allés rendre visite à notre nouvel ami.
Arrivés sur place, nous trouvons une vieille dame occupée à caresser tendrement Vagabond en lui parlant doucement.
Vagabond parait réagir aux sollicitudes de cette brave femme, mais ne bouge pas pour autant. Cette dame, voyant tout l’intérêt que nous portons à son protégé, nous explique son histoire, toute son histoire et dont voici les détails dans leur cruelle description.
Elle habite le quartier et connaît depuis longtemps « Blaki » (c’est son nom).Cette rescapée connaissait bien sûr ses maîtres. Ainsi, elle nous raconte que Blaki est installé là, sur ces ruines, tas de briques, de plâtre, de bois et de verre, depuis que le corps de ses maîtres victimes des derniers bombardements ont été extraits des décombres. Selon elle, les corps ont probablement été dirigés comme beaucoup d’autres vers la fosse commune installée dans ce qui reste du square Saint Roch. Et depuis, impossible de faire bouger cette brave bête qui semble attendre le retour de ceux avec lesquels elle a vécu toutes ces années son bonheur de chien. Ainsi depuis près de trois semaines, cette dame compatissante essaye de rassurer Blaki, de lui redonner le goût à la vie et surtout de l’emmener avec elle. Elle a déjà tenté de le transporter et de l’installer confortablement.
Mais c’était peine perdue, le chien s’est échappé et a disparu plusieurs jours avant de revenir sur son tas de gravats. Le souhait de la vieille dame rejoint le nôtre. D’autant que les uns et les autres sont incapables de dire s’il se nourrit, ou si au moins il boit. Malgré tout, nous mettons à tremper un des biscuits dans un peu d’eau contenue dans une gamelle disposée à son côté par la dame. Après quoi nous laissons ces deux vieux amis ensemble.
Et puis la fin de semaine est arrivée, le groupe se disperse, je rejoins ma campagne.
Le lundi midi suivant, nous passons pour porter notre dernier biscuit fruit de notre larcin. Arrivés sur place, nous constatons que la gamelle trône toujours sur le tas de briques mais Blaki/Vagabond n’est plus là. Nous sommes persuadés que la Dame a enfin réussi, et que Blaki est maintenant blotti aux pieds de sa bienfaitrice. Plus tard, beaucoup plus tard, nous avons retrouvé cette brave dame qui nous a appris que le dimanche matin, Blaki/Vagabond ne s’est pas réveillé. Il s’est éteint sur son tas de briques. Blaki/Vagabond qui a survécu tous ces jours, se nourrissant du seul espoir de retrouver ses maîtres et qui est mort dans le souvenir de ceux qu’il a rejoints au pays des ombres, là où les hommes ne peuvent s’entretuer. Pendant toutes ces années difficiles, j’ai vécu bien des « choses » que je préfère oublier, mais cette histoire devait-être racontée même si elle a l’allure d’un conte.
À mes petits enfants……………… nov.2002
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