Page éditoriale ( édition du 20 mai 2004 ) :

Commentaire :
Il faut s'occuper de notre avenir collectif
Jean-Denis Grimard
Dans le cadre de la politique de la ruralité promulguée par le gouvernement provincial en 2001, toutes les municipalités dites rurales, donc les nôtres, sont invitées à réfléchir sur leur avenir et sur leur potentiel de développement. Des sommes d’argent (ex. 995 000$ dans la MRC de L’Amiante) sont prévues pour financer les efforts de revitalisation des communautés. Présentement, des comités sont formés, des volontaires réfléchissent, des diagnostics portant sur la santé du milieu sont élaborés et des plans d’action sont en conséquence tracés.

Des municipalités intimement liées par la géographie et les réseaux d’échanges de service ont décidé d’unir leurs efforts dans cette opération. C’est le cas de la Paroisse de Disraeli et de la Ville du même nom. On ne peut que se réjouir de cette concertation qui, si elle était présente et soutenue dans tous les secteurs d’activité, atténuerait sérieusement les déficiences dénoncées lors du débat entourant leur éventuelle fusion.

Le plan d’action proposé par le comité local du pacte rural (Disraeli et Paroisse de Disraeli) fut dévoilé en mars dernier. On peut évidemment critiquer des parties de son contenu. On peut se questionner sur sa typologie; on peut argumenter sur les quatre propositions d’action découlant de sa réflexion. On peut même à la limite douter de son impact à moyen et long terme sur le présumé développement que sa stratégie entraînera. Mais on n’a pas le droit de l’ignorer, de le compromettre ou de le combattre.

Chaque citoyen, quelles que soient ses opinions et ses allégeances, a un devoir d’appui et de participation à ce chantier de construction selon les moyens dont il dispose. Il y va de l’avenir de la communauté. Tout repose sur la plus grande mobilisation possible des contribuables et des citoyens. À chacun-e incombe une responsabilité dans la construction de l’avenir collectif. Chacun-e peut apporter son aide. Il ne faut surtout pas que ce soit l’affaire de quelques individus, de même qu’il ne faille surtout pas que les habituels dénigreurs qui se distinguent généralement par leur désengagement réussissent à tourmenter l’implication de tous les autres citoyens animés par le désir de servir et de survivre.

Si, grâce à cette politique de la ruralité, chaque municipalité du territoire découvre sa voie d’avenir et s’y engage, les retombées seront multiples, réciproquement profitables, et notre région sise en périphérie émergera de l’anonymat ou du désintérêt.



À l’occasion du 60e anniversaire du désormais célèbre débarquement de Normandie qui eut lieu le 6 juin 1944, Le Cantonnier vous propose la lecture d’un texte rédigé par son collaborateur de Lambton, Gérard Declerck, alors enfant et témoin direct de cette guerre…
Vive la vie
Gérard Declerck

Nous sommes au Havre au tout début d’octobre 1944; il est 18h. Le soleil normand dégouline sur les ruines qui, à perte de vue, s’allongent jusqu’à la mer. Ici la guerre s’est arrêtée il y a trois semaines. Mais à cause de la chaleur, ses odeurs rôdent encore.

Comme chaque soir, venant du lycée qui héberge les élèves du collège disparu lui aussi, je me dirige vers la gare où je vais prendre le train de 18h30 pour, avec mon père, rejoindre le reste de la famille réfugiée dans un village situé à 30 km à l’est de la ville. L’orage gronde. Des gouttes grosses comme des soucoupes inondent les gravats qui parsèment encore les chemins tracés au milieu des décombres. Images de sillons tracés sur le linceul de la ville par un brabant fou guidé par le maudit.

Les quais de la gare, sans abris, mal éclairés, ressemblent à de larges rubans de deuil sur lesquels seraient projetés des lambeaux d’ombres tout droit sorties d’un film de Fritz Lang. Personnages uniformément gris qui se dirigent lentement vers de vieux wagons de bois datant du siècle de la vapeur dont les compartiments ont des allures de boîtes d’allumettes collées les unes contre les autres. Ces vieilles carcasses usées, maculées de suie et délabrées elles aussi par les rigueurs de la guerre, n’ont plus de banquettes. Seule a résisté la traverse métallique qui, à l’origine, devait recevoir ces ressorts couverts de moleskine. Cette barre qui permet aux premiers arrivés de s’asseoir. Et comme si ça ne suffisait pas, les câbles ayant été sectionnés et les ampoules cassées, il n’y a plus d’éclairage. Le « voyage » s’effectue donc debout pour la plupart d’entre nous et dans la noirceur totale.

Mais qu’à cela ne tienne, c’est la fin de la journée et ces vieilles guimbardes permettront à tous ces survivants de rejoindre un endroit où ils pourront être à l’abri et remplir leur estomac d’un brouet tiède, probablement sans viande et sans pain.

Comme tout le monde, mon père et moi, nous nous dirigeons vers un compartiment où il semble qu’il y ait deux espaces disponibles. Effectivement, cette boîte destinée à recevoir huit personnes et qui souvent en entasse douze, n’est, ainsi que la pénombre laisse imaginer, occupée que par un jeune couple blotti près de la porte. Ces tourtereaux semblent hors du temps enchâssés qu’ils sont dans une bulle nimbée de bonheur. Alors, comme nous tous, ces adolescents, probablement marqués à vie par ce mélange de peur, de faim, d’horreur et de bonheur de vivre, restent immobiles et muets par habitude.

Il faut reconnaître que nous agissons tous en survivants, que nous sommes tous des rescapés de ces bombardements journaliers débutés en septembre 1940 et terminés dans l’ « apocalypse » des premiers jours de septembre dernier, que des milliers de morts gisent encore dans les décombres, que nous sommes encore loin d’avoir réalisé que : « C'est fini », que nous n’avons plus de raisons d’avoir peur, que pour la faim …on verra.

Cela dit, après un salut cordial ne les ayant vraisemblablement pas atteints, nous nous installons avec précautions, prêts à affronter le rythme lancinant des boggies soumis aux ondulations de rails rafistolés. Le convoi ahane en raclant sur le quai les derniers retardataires venant s’ajouter à tous ceux que nous retrouverons demain matin au gré des mêmes « escales » du tortillard de 4h30.

C’est en effet un omnibus qui fait station dans chacune des gares où il déverse son lot de silhouettes en guenilles ou stoppe en rase campagne au gré des priorités accordées aux convois militaires. Donc sans lumière et dans l’inconfort, le temps passe.

La pluie redouble sur les vitres de guingois, sur lesquelles les gouttes glissent comme des larmes, glissent comme si le ciel pleurait de honte.

Le jeune couple ne bouge toujours pas. Il semble vouloir se rendre au terminus pour y gravir l’ultime marche de l’extase, sans avoir émis quelque son audible dans le vacarme du wagon.

Enfin …

Ce gros insecte de ferraille et de bois qui semble musarder sur un chemin mal pavé nous mène à destination vers 21h30. Il pleut. Le ciel s’acharne. Il nous reste à marcher sur 2,5 km dans l’eau et la boue du chemin de terre, les pieds trempés dans nos galoches de carton et de bois.

Mais au bout du chemin, bientôt la « chaleur » d’un chez-soi, une assiette de soupe, les devoirs et les leçons, quelques heures de sommeil, 3h30 le réveil et à 4h30…Le Train.

Qu’importe cet épisode puisque tous ses acteurs sont en vie…..Vive la vie



 
Lettre :
Mot d'appréciation

J’aime beaucoup votre journal. J’ai toujours hâte de le recevoir.

Merci

Jeanne d’Arc Parent
Disraeli.



St-Joseph-de-Coleraine :
Message
Chers lecteurs et lectrices,

Ceci est notre dernier courrier pour l’été. On vous dit MERCI pour votre collaboration et votre support. Spécialement un gros merci au journal Le Cantonnier qui nous a permis d’écrire de petits messages. Ce fut un grand plaisir pour nous.

Nous terminons en vous souhaitant un bel et bon été.

Merci.

Christine Young 423-5548
Nicole Perron 423-4379




Recherche de photos historiques

La Société historique de Disraeli

est à la recherche de photos et documents

portant sur l’histoire de Disraeli et ses environs.

Les photos et textes seront retournés.

Tél. : 418-449-2688