L’autre jour, j’écoutais un reportage sur la fermeture de l’aéroport de Mirabel. Comme vous le savez, cet aéroport vient de tirer sa révérence après plus de trente ans de services à la population mondiale. Ce qui m’a révolté, c’est que j’ai appris qu’à l’époque, on a exproprié plus de 3 000 familles et au dessus de 12 000 personnes. Ce fut la plus grosse expropriation au Canada, l’équivalent de la moitié de l’Ile de Montréal. Le coût de ce projet était de 500 millions de dollars, une fortune à même nos impôts. De plus, c’était de très belles grandes terres agricoles rentables et seulement 2 000 hectares sur les 40 000 expropriés ont servi à la construction de Mirabel.
Voici le but de mon intervention dans Le Cantonnier. Je ne veux qu’émettre mon humble opinion.
À l’époque de Mirabel, il n’y avait pas de Loi de la protection du territoire agricole. Aujourd’hui, il y a une loi pour protéger les terres agricoles, mais je crois qu’on est passé à l’autre extrémité. Des exemples, on peut en avoir par milliers dans toutes les municipalités du Québec. Par chez nous comme ailleurs, si tu as un petit lot à bois ou un petit terrain rocheux et que tu es situé dans la « sacrée » zone verte agricole, même si le conseil municipal t’appuie pour un dézonage ou si tu veux te bâtir un chalet ou une maison sur ce lot, la loi de protection du territoire agricole te dira « non » même après plusieurs demandes à un coût de 200$ et plus chaque fois.
Chez nous, il y a des gens qui ont des lots à bois, mais parce qu’ils ne tirent pas de revenus de ces terrains, ils n’ont pas le droit de se construire. Par contre, ils peuvent se bâtir un cabanon pour installer le matériel dont ils se servent pour travailler leur terre (ex. : tracteur, pelle, scie à chaîne, etc.). Ils n’ont pas droit aux fosses septiques ni aux poubelles, mais à long terme, cette cabane devient un chalet duquel aucune taxe ne peut être perçue (et lorsqu’il y a plainte pour cette fraude, la commission du territoire agricole ne fait rien : ça leur coûte trop cher).
Au gouvernement, peu importe lequel, on dit qu’il faut occuper les campagnes surtout les terrains qui ne servent pas à l’agriculture et qui sont malgré tout zonés « verts » (et ici je ne parle pas de vraies belles terres car il faut les protéger). Arrêtons de nous poser la question : «Pourquoi les petits villages se meurent ? » Ma réponse est : « Donnons la chance à des jeunes couples de s’installer sur des terrains qui sont classés « verts » alors que ce n’est que roches, bois et terres incultes à l’agriculture.
Cette loi de protection du territoire agricole est vieille de 1978 et je pense qu’il serait temps de faire des amendements. Je dis aux fonctionnaires qui travaillent dans leurs « cages dorées » à Québec de cesser de regarder une carte avec du vert pour agricole, foresterie et blanc pour zone urbaine lorsqu’ils reçoivent une demande. Que ces fonctionnaires prennent la peine de venir voir ce qui se passe sur le terrain pour lequel on a fait une demande et ce dans chaque municipalité. Ils n’assument aucunement la gestion du territoire agricole mais seulement de la paperasse et ils se fient à une carte qu’ils ont sur le bureau.
Je peux aussi vous dire sans risque de me tromper, que si une aventure comme Mirabel vient s’installer chez nous ou dans d’autres municipalités, ex. : centres d’achats ou autres, les promoteurs qui ont l’argent et le pouvoir n’auront pas trop de difficultés à faire dézoner. Par contre, la petite famille ou nos enfants et les enfants de nos enfants ne feront juste qu’y rêver et devront se construire en ville.
Cessons de nous fermer les yeux et que toutes les municipalités se donnent la main pour obliger des amendements à cette loi. Je le dis et le répète, oui protégeons les belles terres, mais arrêtons de niaiser avec une terre de roches ou une terre d’arbustes qui ne sert à rien.
Avec le pacte rural, on veut revitaliser nos villages et c’est une bonne chose. Nous, la première année, on a fait un petit parc d’amusement pour les enfants.
J’ai un rêve et celui-ci est de voir des enfants jouer avec les balançoires et non des arbustes qui poussent partout et un centre communautaire qui tombe en ruine.
Steven Laprise, maire St-Jacques-le-Majeur