Le conseil municipal de Beaulac-Garthby, lui-même très divisé sur la question, a présenté, lors d’une assemblée publique d’information qui s’est tenue dans la soirée du 1er juin au centre des loisirs, son projet d’acquisition et d’exploitation du Manoir Aylmer. Si l’on se fie aux réactions manifestées par les quelque cent vingt contribuables présents, la communauté risquait de vivre dans les semaines suivantes des tensions qui ne seraient pas sans rappeler l’expérience éprouvante en plusieurs points similaire vécue par les citoyens de Stratford relativement au dossier de construction d’une «caserne» de pompiers, il y a de ça à peine un an.
Description
Quatre membres du conseil incluant le maire M. Jean Binette ont appuyé ou exposé, avec diaporama à l’appui, le plan d’achat de l’édifice et l’exploitation qu’ils comptent en faire pour le bénéfice de la municipalité. Le projet controversé consiste en l’achat du Manoir Aylmer, propriété de Toxico-Gîte sis à proximité du lac et de la marina, et de procéder à son réaménagement afin d’accueillir les bureaux de l’administration municipale et les assemblées publiques, de regrouper dans une aile les organismes communautaires, de loger un restaurant et d’aménager une aire d’hébergement à l’étage supérieur.
L’appropriation de l’édifice ainsi que toutes les rénovations nécessaires à sa nouvelle vocation sont évaluées à environ 400 000$ selon les prévisions des défenseurs du projet. L’actuelle valeur foncière de l’immeuble se chiffre à 302 400$.
L’échevin Jean-François Grondin a décrit le plan d’affaires qui prévoit un paiement hypothécaire annuel d’environ 28 700$ sur une période de 25 années, et un autofinancement du nouveau complexe dès la troisième année d’opération grâce à des revenus divers provenant notamment de la location (restaurant-chambres) et de l’exploitation de la marina sise à proximité. Un architecte ayant visité le bâtiment qu’il a d’ailleurs jugé en excellent état affirme qu’un investissement d’un quart de million environ serait suffisant pour la mise à niveau à court et moyen terme.
Réactions
Toutefois, des citoyens présents ont immédiatement critiqué le scénario financier qualifié d’irréaliste. À leur avis, les prévisions de revenus sont surestimées alors que c’est le contraire pour les dépenses. Comme si ce n’était suffisant, dès le début de l’assemblée, l’échevin dissident Loïc Lenoir dénonçait l’exclusion dont il se disait victime ainsi que deux de ses collègues élus dans l’élaboration de ce projet. En réponse, le maire M. Jean Binette et les échevins favorables, MM Luc Ladry et Jean-François Grondin, ont plutôt évoqué leur retrait volontaire des réunions de travail.
Doutant de la pertinence et de la viabilité du plan, l’opposition craint un alourdissement du fardeau des contribuables. Pour sa part le maire considère que «c’est un projet pour l’avancement de la municipalité» alors que, pour l’échevin Grondin, «l’acquisition est un grand pas pour le futur»… «Il faut prendre la chance quand elle passe».
Épilogue
Il semble que l’assemblée publique ait ébranlé plusieurs certitudes puisque le conseil, du moins ce qu’il en restait puisque trois échevins étaient absents dont MM Grondin et Ladry, a définitivement rejeté, lors d’une réunion spéciale qui s’est déroulée dans la soirée du 15 juin, le projet sur une proposition du conseiller Rivard. Il est permis de penser que la possibilité d’avoir à engloutir des sommes beaucoup plus importantes que prévues afin de rénover l’édifice ait tué dans l’œuf le projet que d’autres considéraient comme une magnifique occasion de développement local.