Jusqu’à maintenant, lorsque je parlais de mon patelin à des gens ne provenant pas directement de la région, leur réaction, immanquablement, se résumait à un hochement de tête dubitatif, que venait clôre un péremptoire «Hum ! Connais pas.» Vous n’en comprendrez que mieux mon étonnement lorsque deux de mes collègues, dans la même semaine, m’apprirent que l’une traficotait une longue et chaleureuse amitié avec la ravissante Lili et que l’autre, mesurant bien sa chance, s’était procuré une des précieuses guitares dont l’ami René avait dû se départir. Ces deux fiers résidents du rang 4 de Saint-Jacques-le-Majeur se sont donc retrouvés, contre toute attente, au centre de nos discussions, entre deux rendez-vous avec des étudiants dans un cégep de la métropole.
Et j’en étais fière. Non parce que des Montréalais reconnaissaient enfin l’existence de ce lieu qui m’est cher, mais parce qu’à travers des personnes qui le peuplent, cet espace se transformait en royaume : un centre du monde d’affection et d’objet rare.
J’étais fière de mon village et de ses habitants ; et davantage encore après avoir assisté à la journée d’information orchestrée par l’amecq, le 27 octobre dernier, où plusieurs représentants de journaux communautaires comme le nôtre s’étaient réunis pour partager leurs expériences, parler de leurs efforts et de leur persévérance à faire évoluer ces indispensables outils de communication. Outre les pertinentes informations que j’y ai recueillies, j’ai aimé reconnaître le dévouement, la ferveur et la bonté qui animent ces personnes, qui, le plus souvent comme c’est le cas chez nous, travaillent bénévolement.
Peut-être avez-vous déjà remarqué que ce mot, bonté, revient souvent dans mes propos. En effet, il représente pour moi quelque chose de primordial ; non par croyance religieuse ou par mysticisme, mais parce que la bonté est l’expression du devoir de liberté qui nous incombe et qui n’est pas, comme certains pourraient le penser, un acquis ou un droit. C’est une responsabilité qui revient à tous et à chacun de réaliser et de transmettre, par nos actions et nos présences, ces inestimables parcelles de liberté dont nous jouissons. En ce samedi pluvieux d’octobre, des hommes et des femmes s’étaient déplacés pour défendre et garder vivantes des paroles et des idées qui reflètent ce que nous sommes, croyons et voulons pour nos environnements, nos voisins, nos amis, nos enfants et ces humains de l’horizon, dirais-je paraphrasant Vigneault, qui non seulement sont de notre race, mais qu’il importe d’entendre et de voir.
Longue vie au Cantonnier et à ses artisans !