Tout ce qui, pendant des mois, s’est cogité, supposé, dit, écrit, débattu me concerne. Je suis un immigré et si je ne suis pas classable dans l’une des minorités visibles, je le suis dans les audibles.
Mon épouse et moi avons, il y a dix ans, choisi de quitter notre pays la France où nous sommes nés et avons été baptisés il y a 77 ans, et mariés il y en a 58. Pays où nous avons vécu les pires moments durant la guerre et les meilleurs depuis la naissance, en 1971, de notre fille unique. Notre fille s’est mariée. Et en 1997, peu après la naissance de Philippine, notre première petite fille, son époux, pour des raisons professionnelles, a choisi de tout quitter pour venir au Québec, nanti d’un contrat.
C’était ce qu’ils considéraient être leur avenir et nous n’avions pas le droit de nous immiscer dans leur choix bien qu’en même temps, nous ne pouvions imaginer finir nos jours loin de notre fille et de sa famille (4 enfants aujourd’hui).
Nous étions à la retraite. Quelques mois plus tard, nous avons tout quitté. Quitté : notre Pays, nos familles, nos amis de toujours, les copains, les relations, les habitudes, notre propriété, notre vie de tous les jours, notre vie sociale, professionnelle, politique, culturelle. Quitté cette vie que nous menions conjointement depuis des décennies. Cette existence vécue comme un miracle à laquelle, depuis 1944, nous devions tout.
Pour ma part, que se soit pour des raisons professionnelles ou pour l’aventure, j’ai roulé ma bosse un peu partout sur notre petite boule bleue. Mais là, il fallait tout quitter pour l’inconnu certes, mais pour le « CANADA », le pays de la « Charte des Droits et Libertés », le pays des grands espaces libres où l’on parle le Français..
Depuis, nous avons appris trois choses essentielles : 1- Même si, depuis 2003, nous sommes Canadiens, nous devons avant tout être Québécois. 2- Il faut nous rappeler qu’en 1749, dans « L’esprit des Lois », Montesquieu parlant de la Démocratie avait raison lorsqu’il affirmait que « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ». Il avait raison car, mis à part le climat, les mouches et les contingences purement gastronomiques, c’est la Liberté de profiter pleinement de la nature et le Droit au libre choix qui nous manquent le plus. Ce qui démontre que les lois de ce côté de l’Atlantique sont, comme ailleurs, le reflet de l’histoire. Mais immigrants, nous devons nous adapter et payer le prix de nos choix pour devenir Québécois à part entière. Ceci pourrait faire l’objet d’un échange amical dans le cadre d’une Commission « bénévole » et constructive. 3- La Province du QUÉBEC qui, quelques soient les obédiences partisanes, mène un combat acharné pour la survie de la langue française au milieu de 300 millions d’anglophones tout en restant soumise aux règles anglo-saxonnes dans bon nombre d’institutions : parlement, justice, conseils municipaux etc…etc.
Tout ceci mériterait aussi un long, très long débat, mais chacun doit se rappeler que c’est la manière de vivre qui inspire la pensée et non l’inverse….Cela dit, il est absolument évident qu’au Québec comme ailleurs, c’est à l’immigrant de s’adapter non seulement aux lois du pays d’accueil, mais aussi aux traditions, convictions ancestrales et habitudes de vie des populations qui l’accueillent, et non le contraire.
Certes pour les immigrants, la vie n’est pas facile et l’ostracisme toujours pesant. Alors pour un chrétien élevé dans le Darwinisme et convaincu d’agnosticisme qui se refuse à porter en sautoir un point d’interrogation, il reste à souhaiter que les conclusions de la Commission Bouchard-Taylor n’amèneront pas les décideurs à remplacer toutes les croyances par une seule : le Laïcisme. Quoiqu’il en soit, et heureusement pour tous les immigrés qui ont choisi la Nouvelle-France il y a les Québécoises et les Québécois.
Ainsi ma famille et moi vous remercions pour ce cadeau inestimable que vous nous avez offert en nous aidant à parcourir le long chemin qui mène les déracinés à reprendre vie dans ce monde nouveau qui est avant tout le vôtre.
MERCI