Commençons par l’image de cette grande volaille la tête dans les nuages, plumes au vent, le froufrou ébouriffé pour attirer ces dames. Ce gros poulet qui me rappelle certes de grands moments passés à parcourir les immenses plaines d’Afrique mais surtout ce gros chapon, que la légende picturale représente avec sa toute petite tête emmanchée d’un long cou plongée sous le sable d’un désert torride. Comme si ce monstrueux volatile digne descendant presqu’en ligne directe d’un dinosaure du nom de Struthiomimus était constamment en train non pas de réfléchir mais de se protéger de tous les risques. Laquelle légende à moins que ce ne soit vrai, laisse à entendre que cette digne poulette aux œufs gros comme trois douzaines et dans lequel une baguette ne suffit pas de mouillette, cacherait donc sa boîte à cervelle sous un minuscule grain de sable. Convaincue qu’elle serait, que le guépard qui la menace ne la voit pas puisqu’elle, ne peut le voir.
Je ne sais pas si cette image de deux piquets en forme de pattes en haut desquelles subsistent deux ailes et cuisseaux d’un gros poussin, reflète la vérité sur sa stupidité. Par contre ce que je sais, que j’apprends, ou plutôt que j’essaie de comprendre en le lisant chaque jour, le plus gros cerveau de la création procède de la même technique que l’un des plus petits lorsqu’il tente de se convaincre et surtout de convaincre ses semblables, qu’en enterrant ce qu’il produit et qu’ensuite il dédaigne, il ne peut plus le voir donc n’existe pas.
Mais cet exemplaire de l’inutilité n’est pas le seul à être imité. Il existe, en effet, un animal qui cohabite avec l’homme et dont certains congénères ont appris depuis toujours à valoriser les déchets de celui qui l’héberge. Cet animal d’abord mythique déifié par les Égyptiens sous le nom d’Aelurus ou bien encore noir et identifié au malin finissant cloué aux portes des étables, il est avant tout le chasseur, celui à qui depuis toujours les réserves de grains sont confiées.
Ce matou, puisque c’est de lui dont il s’agit. Ce fripon, qui enjôle toutes les générations par son ronron lénifiant. Ce compagnon, exemple: de complicité, de patience et d’infidélité ainsi que tous les félidés, est certainement le plus matois du règne animal.
Matois quand il s’agit de dissimuler à l’ensemble de son environnement les sous-produits de sa digestion, que l’on suppose assimilable à un procédé d’élimination des excédents résultant de sa surconsommation.
Matois, qui dans la nature cherche un coin discret pour y creuser un trou, y faire disparaître ses résidus en les recouvrant méthodiquement, afin de dissimuler à son environnement toutes traces visibles de son existence.
Voilà encore la preuve que dans le domaine de l’oubli l’homme n’a rien inventé. Il n’a fait qu’observer d’autres dissimulateurs instinctifs pour faire disparaître de sa vue tout ce dont il veut se débarrasser.
Alors cet imitateur s’isole dans un coin, loin de sa cour, creuse un trou, y dépose ses résidus, recouvre le tout, tourne le dos, oublie, recommence ailleurs le lendemain et ainsi de suite. Jusqu’au jour, où d’abord les archéologues du futur reconstruiront son histoire à partir de ses vestiges et qu’ensuite ses lointains descendants tireront enfin la quintessence de ces trésors enfouis.