Page éditoriale : (édition du 10 décembre 2009)


Politique d'information
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Gagnante du mois août

 Photo: Danielle Noël  
Parmi nos membres inscrits au journal le Cantonnier, notre gagnante du mois est Mme Colette Gagnon-Martin qui s’est mérité un certificat cadeau du restaurant Da Rita pour une table d’hôte. Ce restaurant, une petite maison chaleureuse incluant un service personnalisé, est situé au 353, rue St-Janvier à Weedon.

Vous y trouverez un menu varié confection maison et québécoise; une grande fierté de Mme Rita, fondatrice et propriétaire. Le restaurant Da Rita est une affaire de famille : son mari Bruno ainsi que ses deux fils, Alberto et Valerio s’occupent de la cuisine jusqu’au service aux tables. Si vous le désirez, vous pouvez apporter votre boisson et savourer un délicieux repas dans une ambiance sympathique.

Il est préférable de réserver au 819 877-2090.





Les sirènes de Copenhague

La Petite Sirène qui veille sur le port de Copenhague voulait vivre parmi les hommes et connaître un amour éternel. Son rêve, nous raconte Andersen, n'a laissé derrière lui qu'un peu d'«écume de mer». En ira-t-il différemment du rêve d'enrayer pour de bon le réchauffement climatique ?

Disons-le, quitte à être démenti par les faits : plus personne ne croit que le sommet débouchera sur un traité international engageant formellement les États à une réduction effective des émissions de CO2. Au mieux, les participants afficheront un accord politique assorti d'objectifs chiffrés, ce qui ne serait pas rien. Au pis, ils se contenteront d'aimables banalités, destinées à faire oublier les désaccords de fond.

Après ce demi-échec (ou ce demi-succès, si la France parvient à organiser un front commun de l'Europe et des pays en voie de développement), les uns maudiront l'égoïsme des Américains, d'autres la millénaire hypocrisie des Chinois, d'autres encore la splendide indifférence des Indiens. Mais qui osera dire que, dans un monde où la crise économique et le chômage frappent indifféremment pays riches et pays pauvres, où des milliards d'individus souffrent encore du sous-développement, de la maladie et de la faim, il est parfaitement illusoire d'offrir à l'humanité - fût-ce pour les plus nobles motifs - un horizon de privations ? Qui osera dire que, pour relever les formidables défis qui se dessinent devant lui, le genre humain n'a pas besoin de décroissance mais de croissance, qu'il attend moins des prêcheurs d'Apocalypse que des éclaireurs qui sauront lui redonner confiance dans le progrès ?

C'est tout de même une étrange religion que celle des prophètes de l'universelle catastrophe ! Une religion dont le schéma semble, c'est curieux, exactement calqué sur celui du christianisme. D'abord l'Éden : la nature avant que l'homme ne la corrompe. Puis la Chute : le développement économique et son cortège de pollutions. Enfin, l'Enfer climatique, qui nous est promis si nous ne faisons rien. A moins que nous ne méritions notre Salut au prix d'efforts et de sacrifices... «Tout est bien sortant des mains de la nature, tout dégénère dans les mains de l'homme» : bien avant Nicolas Hulot, Jean-Jacques Rousseau avait tout dit.

Cette religion, voici qu'un certain nombre de voix, aux États-Unis, au Canada, au Japon et ailleurs, s'avisent d'en contester les dogmes. En France, du coup, Claude Allègre se sent un peu moins seul. Ont-ils tort, ont-ils raison de prétendre que l'homme n'est pas responsable du réchauffement climatique ? Bien malin qui saurait répondre avec une absolue certitude. Mais, à la limite, peu importe. Derrière la bataille de chiffonniers entre « réchauffistes » et « climato-sceptiques », c'est une question de fond qu'il faut entendre : l'homme est-il fait pour la Terre, ou la Terre pour l'homme ? Cette discussion-là vaut mieux que la caricature qu'on en fait : celle d'un affrontement entre cyniques lobbyistes du laisser-faire et généreux citoyens écolo-responsables.

Car, quand bien même l'activité humaine ne serait pas la cause unique, ni même la cause principale des folies du climat, quand bien même le réchauffement n'aurait pas les conséquences apocalyptiques que prévoient certains - le coup de chaud de l'an mil, qui fit du Groenland une « terre verte » !, fut une bénédiction pour l'Europe et l'Asie -, tout cela ne changerait rien à la nécessité pour l'humanité d'inventer un mode de développement plus économe en énergie.

Pour une raison simple : les ressources fossiles, et notamment les réserves en hydrocarbures, s'épuisent. Leur concentration entre les mains de quelques pays organisés en cartels menace déjà le développement économique de la planète (via l'augmentation du prix du pétrole) mais aussi sa sécurité (qu'on pense un instant à la guerre d'Irak). A l'avenir, ces tensions ne devraient pas s'apaiser. Réchauffement ou pas, il est donc urgent d'organiser la relève énergétique.

Mais justement ! Encore faudrait-il éviter qu'au nom d'un dogmatisme malthusien, qui récuse l'idée même de progrès scientifique, nous nous interdisions de rechercher ou de mettre en œuvre les solutions de demain ! Certaines sont déjà connues : la voiture électrique, le photovoltaïque, le nucléaire de troisième génération - eh oui ! le nucléaire qui reste, n'en déplaise aux écologistes, la seule alternative aux centrales à charbon ! D'autres, dont nous dressons (voir pages 52 à 60) un étonnant panorama, sont encore à l'état d'ébauche. D'autres encore ne demandent qu'à être imaginées.

Pour que ces projets voient le jour, il faut investir - comment le ferions-nous sans croissance ? Il faut surtout le vouloir, ce qui suppose que nous cessions de regarder l'avenir avec les yeux du passé. Parce que le destin de l'homme est d'aller de l'avant, comme celui des Petites Sirènes est de nager.

Alexis Brézet. Le Figaro.fr




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