Ma grand-mère maternelle, née en 1901, a été longtemps institutrice et elle fut l’une de celles qui ont enseigné dans une école de rang. Voici un texte qu’elle a écrit et qui fut publié il y a très longtemps, ayant pour titre « Rêve d’institutrice ».

École du 4e rang Nord

Toute droite devant son pupitre, l’institutrice dicte par phrases lentes et accentuées. En face d’elle, des têtes blondes et brunes inclinées sur les feuilles blanches où court laborieusement la pointe aiguisée des crayons. De temps en temps, une frimousse se relève, des yeux interrogent ; la maîtresse reprend la longue phrase et de nouveau la tête s’abaisse au travail. L’institutrice prononce des mots, mais son esprit à cet exercice erre un peu plus avant dans l’avenir. Toutes ces intelligences à orienter vers le bien, toutes ces âmes à diriger ! Quelle lourde tâche sublime ! Ne sont-ils pas à elle, ces enfants, ces fillettes, ces petits gars ?… Elle se sent maternelle. Peut-être viendra un jour où elle pourra être aimée plus véritablement, mais, aujourd’hui, elle n’y songe pas. Tout son dévouement, elle le déverse sur sa famille qu’elle veut forte, saine, religieuse et énergique.

Sera-t-elle jamais celle à qui on dira : « C’est vous qui m’avez fait ce que je suis » ? De toute la profondeur de son être, elle le désire ardemment.

La dictée s’achève, le regard de l’institutrice est ému et sa voix tremble ; les petits écoliers, penchés sur leurs feuilles blanches, ne se doutent pas du rêve aux grandes ailes qui vient d’effleurer leurs têtes blondes et brunes.

Les élèves de l’école du 4e rang Nord

Une institutrice de Ham Sud.

Bonne rentrée au personnel enseignant !