Par Jean-Claude Fortier et Michel Goulet

Dans nos sociétés occidentales, le temps des Fêtes a toujours été une période de grandes réjouissances et de regards émus sur les traditions ancestrales qui ont marqué notre passé. Nous avons pensé, dans la présente chronique, aller voir à quoi ressemblait, chez nous, la décennie 1945-1955, considérée comme une période charnière dans notre façon de célébrer Noël.

Un groupe d’élèves de l’école Gérard-Raymond présentant leurs crèches en 1945.

La fin de la guerre amène la levée des restrictions alimentaires au pays et procure une relative aisance. Le retour d’Europe des soldats rassure les familles qui ne demandent rien de moins que de reprendre la vie normale. L’influence américaine devient de plus en plus présente chez nous comme partout ailleurs. Santa Claus (le père Noël) a remplacé, depuis longtemps, Saint-Nicolas lors de la remise des cadeaux de Noël aux enfants, et la radio diffuse des chansons de Bing Crosby (I’ll be home for Christmas), de Perry Como et d’autres chanteurs américains. En 1952, la télévision fait son apparition dans les foyers québécois ; la vie des gens en sera complètement transformée. Désormais, on pourra se payer le luxe d’assister à un concert de Noël chez soi ; il suffira d’écouter et de regarder le Ed Sullivan Show à la télévision américaine et de profiter des plus beaux orchestres du monde. Les grands magasins à rayons de la métropole (Eaton, Morgan’s, Simpson’s, Dupuis Frères) prennent l’habitude d’organiser des parades du père Noël afin de mousser la vente de leurs jouets.

La chorale de la messe de minuit, vers 1950.

Pendant ce temps, à Disraeli, la magie du temps des fêtes se manifeste dès le début du mois de décembre lorsque des élèves de l’école Gérard-Raymond entreprennent la construction de crèches de Noël et rivalisent d’adresse et d’imagination pour gagner le concours de la plus belle crèche. Au même moment, les membres de la chorale commencent leurs pratiques en vue de la messe de minuit. Ce moment tant attendu par plusieurs arrive le 24 décembre à minuit, lorsque, dans une église bondée, le curé, précédé de ses servants de messe en soutane rouge et surplis de dentelle, se dirige majestueusement vers l’avant et commence la célébration de la messe. L’apothéose de la cérémonie surviendra lorsque Raoul Gosselin, de sa voix de ténor, entonnera le Minuit chrétien à la fin de l’office. Chez plusieurs personnes de l’assistance, l’émotion sera alors à son comble. Après la messe, les familles se retrouvent pour le réveillon suivi de la traditionnelle remise des cadeaux.

Le départ de la parade du père Noël au coin des rues Saint-François et Laurier en 1950.

En 1945, les Chevaliers de Colomb organisent, pour la première fois, la Guignolée dans les rues de Disraeli. La collecte de denrées alimentaires que l’on remet aux personnes dans le besoin a été fort appréciée puisque, depuis lors, les Chevaliers reconduisent chaque année la même activité. Cette année, ils en sont à leur 74e guignolée !

En 1950, la Chambre de commerce de Disraeli va vouloir faire comme les grandes villes en organisant, pour la première fois, une parade du père Noël dans les rues du village. La parade, à laquelle se joignent quelques membres de l’Harmonie et de nombreux enfants, part de la rue Laurier et se rend, au son de la musique et des cris, jusqu’au cinéma Couture sur la rue Hamel, où les enfants vont assister à la projection d’un film. À la sortie, chaque enfant reçoit un sac de bonbons.

Les années ont passé, la vie s’est transformée. Les enfants qui avaient 10 ans en 1945 en ont maintenant 85 et vont encore, cette année, célébrer Noël.