Ceux et celles qui ont lu le livre du 150e anniversaire de Disraeli « Disraeli; d’histoire et de mémoire » ont eu la surprise d’apprendre, aux pages 470-472 qu’en 1910, le maire de Disraeli, M, Louis Gilbert, a eu à relever le même défi que l’actuel maire de Québec, M. Régis Labeaume : doter sa municipalité d’un réseau de tramway électrique.

À la lecture des procès-verbaux de la municipalité en vue de la préparation du volume du 150e anniversaire, M. Guy Toupin, président de la Société historique de Disraeli et responsable de la parution du livre du 150e anniversaire de Disraeli, a découvert qu’en 1910, la Thetford Mines Electric Co., propriété de la St-Francis Water Power, présente à la municipalité un audacieux projet qui consiste à construire un réseau de tramway électrique dans le rues de Disraeli. Cette dernière accepte et dégage plus de 8 000$ en subvention pour aider la dite compagnie à faire les travaux. «  On retrouve, dans le livre des minutes du conseil plus de 10 pages de notes concernant le fonctionnement et tous les aspects de ce grandiose projet dont la pose de rails, leurs largeur et hauteur, on y prévoit même l’endroit où seront les arrêts pour laisser descendre les passagers. Après maintes discussions entre les parties, le projet ne se réalisera pas à cause du mauvais état du sol des rues. Les travaux seraient trop importants à réaliser pour la compagnie et sans aucune certitude quant aux résultats. Ce projet novateur aurait sans nul doute changé radicalement la dynamique de toute la municipalité. On doit cependant reconnaître l’ouverture d’esprit et la vision des conseillers, en cette période des débuts du transport en commun dans les grandes villes. Les automobiles ne circulent pas encore dans les rues de Disraeli à cette époque. »

Le tramway de Sherbrooke. C’est ce même type de tramway que l’on proposait d’installer à Disraeli en 1910.

Le texte du contrat, appelé « Règlement no 19 est rédigé en 22 articles qui détermine tous le aspects de l’entente. Il est signé le 7 novembre 1910 par le maire du village, M. Louis Gilbert et le secrétaire-trésorier M. Hippolite Castonguay

Voici le contenu intégral de l’article 1 :
« Le privilège exclusif d’établir et d’exploiter dans les chemins et les rues de la municipalité du village de Disraeli, des voies ferrées de surface pour le transport des passagers au moyen de chars mus par l’électricité, l’air comprimé, ou autrement est, par le présent, accordé et octroyé à la Thetford Mines Electric Co., ses successeurs associés ou ayant droit, pour le terme du vingt-cinq ans à compter de la passation de ce règlement. »

Le dernier article, l’article 22, qui termine de contrat se lit comme suit :
« La dite Thetford Mines Electric Co, ses successeurs ou ayant droit  sont par les présentes exempts de toutes taxes, licences et cotisations généralement quelconques, pour toutes bâtisses qu’ils construiront ou occuperont, tous poteaux, lampes, bâtisses, chevaux et autres accessoires qu’ils acquerront, ou tout genre d’affaires qu’ils exploiteront dans le but de fournir au public les moyens de transport des passagers par voie ferrée, et ce, pour le terme de vingt-cinq ans à compter de la signature du contrat ci-après signé.

Le présent règlement n’aura aucune force et effet avant d’avoir été approuvé par la majorité des électeurs municipaux qualifiés de la municipalité. » (1)

Que serait-il arrivé si le projet avait été réalisé? Y aurait-il eu plus d’industries à venir d’établir à Disraeli? Les gens auraient-ils été plus nombreux à affluer dans notre village qui se serait donné des allures de grande ville en évolution? Chose certaine, l’arrivée de l’automobile dans nos vies aurait certainement mis le tramway au rancart et fait de ce moyen de transport populaire au début du 20e siècle un souvenir lointain comme ce fut le cas dans beaucoup de grandes villes.

1) Ref :  Toupin Guy, « DISRAELI, d’histoire et de mémoire. » P. 470. 2017.