Ma conjointe attend un appel de l’Hôpital de Thetford pour un rendez-vous en neurologie depuis près de deux ans. Patience… patience, souffrance… souffrance.

Et puis voilà que le téléphone sonne… de l’Hôpital de Thetford… enfin.

– Bonjour Madame, j’ai une bonne nouvelle pour vous. Vous attendez un rendez-vous avec un neurologue?

– Oui, oui!

– Bon bien voilà, accepteriez-vous un rendez-vous à Montmagny?

– Quoi? À Montmagny, à 200 km de Disraeli! Avec mes maux de dos et nos belles routes… alors que mon hôpital de Thetford n’est qu’à 30 km de chez moi.

Présentement, à Monmagny, il y a la migration des oies blanches, un beau spectacle à voir, dis-je à ma conjointe. On pourrait se louer un petit hôtel. Penses-y même pas, qu’elle me répond. Oublie pas que je suis malade… et puis toi aussi alors… on ne fait pas du tourisme, on veut se faire soigner.

– Sinon, je pourrais vous offrir Lévis?

– Ah oui! Lévis. À seulement 140 km de chez moi! C’est à Thetford que je veux voyager pour être soignée.

– À Thetford, ça ne sera pas possible, vous êtes trop loin sur la liste, à des kilomètres d’un rendez-vous.  Alors, peut-être Saint-Georges?

– Pour la même distance, j’aurais préféré Sherbrooke, là où est mon cardiologue.

– Non, non, Sherbrooke c’est dans une autre région, on peut pas.

– Alors, si c’est une offre que je ne peux refuser, j’irai à Saint-Georges, misère!

– Bon parfait. Mais là, c’est pas un rendez-vous que je vous donne, c’est juste pour savoir. Je note tout ça et Saint-Georges vous appellera.

Faut le faire! Patience… patience… Les patients, en Chaudière-Appalaches, trop vaste région, seraient-ils des oies blanches, prêts à migrer partout dans notre immense territoire pour obtenir leur pitance médicale? C’est sûrement ce que considère mon ministre, M. Barrette, sans doute ornithologue à ses heures. Une triste réforme qui nous vole la proximité toute relative des soins de santé pour la remplacer par de la haute voltige administrative. Déshabiller Thetford pour habiller… Et le patient reste le dindon… l’oie de la farce.