La dernière élection ramène sur la sellette les lacunes de notre mode de scrutin : un électeur un vote, celui qui a le plus de votes gagne et le pouvoir va au parti qui a le plus d’élus. Voilà, c’est simple, facile à comprendre et à appliquer, plein de bon sens. Souvent ce système dit «majoritaire uninominal à un tour» marche bien; il produit des gouvernements majoritaires et stables, tout pour satisfaire. Pourtant…

Prenons l’élection du 7 avril dernier. Le DGE nous apprend que sur les 6 millions d’électeurs inscrits, 4,3 millions ont participé au vote (71,4%). Les résultats indiquent que 1,8 million de personnes ont opté pour le PLQ (42%), 1,1 millions pour le PQ (25%), 0,98 million pour la CAQ (23%) et 0,32 million pour QS (8%). Cela signifie que nous avons un gouvernement largement majoritaire libéral avec 42% des votes mais 56% des députés. De plus, à cause du taux de participation, les votes qui déterminent cette majorité ne représentent que 29% des électeurs inscrits. En d’autres mots, notre mode de scrutin et le taux de participation à l’élection font en sorte qu’une minorité de moins du tiers des inscrits élisent un parti qui détiendra tous les pouvoirs pour quatre ans. À l’inverse, le parti qui obtient le plus de voix pourrait se retrouver dans l’opposition, comme ce fut le cas pour les libéraux en 1966 et encore en 1998.

Prenons le comté de Mégantic avec ses 38 589 électeurs inscrits. Le libéral Ghislain Bolduc a été réélu par 10 840 personnes (41%), avec une confortable avance sur la péquiste Isabelle Hallé (30%), le caquiste Pierre-Luc Boulanger (23%) et le solidaire Ludovik Nadeau (6%). Ces excellents résultats ne font pas oublier que, ici aussi, compte tenu du taux de participation, à peine 10 800 (28%) des électeurs inscrits déterminent qui représentera tout le comté en élisant M. Bolduc. Cela signifie par conséquent que 72% des électeurs inscrits restants ne seront pas représentés. M. Bolduc est élu par 41% des votants, ce qui signifie qu’une large majorité de 59% des électeurs votants de Mégantic seront finalement écartés.

Félicitons tout de suite M. Bolduc pour sa belle victoire, d’autant qu’il a presque triplé sa majorité. Cependant, ils sont nombreux en ce lendemain d’élection à critiquer notre mode de scrutin, à pointer une démocratie défaillante, une participation électorale faiblarde. Au final, le principe «d’un homme un vote et que celui qui a la majorité gagne» n’est pas respecté : on peut gagner avec une petite minorité et la majorité des votants peut ne pas avoir voix au chapitre. Le principe démocratique est parfois renversé, laissant les électeurs avec le sentiment que leur vote ne compte pas; le cynisme grandit.

À suivre dans la prochaine édition