Par Sylvie Veilleux

En mars 2018, Le Cantonnier faisait sa une avec un article intitulé : « Des coupes forestières aux abords du lac Elgin sous haute surveillance ». Que s’est-il passé depuis dans ce dossier ?

La phase 1 des travaux annoncés par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) est amorcée depuis septembre. Le martelage des arbres a été fait par le Ministère au sud de l’Étang à l’orignal. L’entreprise VEXCO de Plessisville, bénéficiaire d’une garantie gouvernementale d’approvisionnement, a finalisé en décembre des travaux de dégagement d’un ancien chemin. Environ 15 % de la coupe a été faite si l’on se fie au tableau de suivi des chantiers du MFFP.

Suites de la consultation de mars 2018
En septembre dernier, à Stratford, le projet de rapport des résultats de la consultation pour l’Estrie a été présenté à la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT), aux représentants de l’Association de protection du lac Elgin (APLE), du conseil municipal et à d’autres intervenants par le MFFP, Unité de gestion de l’Estrie.

Le rapport final préparé par le MFFP a été rendu public en novembre. Il est disponible sur Internet. On y trouve les préoccupations de l’APLE couplées en parallèle des réponses, suggestions et suivis auxquels s’engage le MFFP.

Certaines demandes de l’APLE ont été relayées à la TGIRT. La protection des lacs, des cours d’eau, des paysages, de l’acériculture, etc. est au coeur des préoccupations de cette Table. Ces sujets peuvent faire l’objet de modalités particulières à la suite d’une recommandation soumise au MFFP. Le Cantonnier a appris que des recommandations gardées confidentielles ont été acheminées au MFFP à la fin décembre. Souhaitons qu’on y donne suite avant qu’il ne soit trop tard !

Surveillance du chantier
Forts de sa participation à la consultation du plan d’aménagement forestier intégré tactique (PAFIT) et du plan d’aménagement forestier intégré opérationnel (PAFIO) 2013-2018, le conseil d’administration de l’APLE n’a pas ménagé ses efforts dans le cadre de la consultation pour les plans 2018-2023. Pour le PAFIO, il a travaillé avec la coopérative de solidarité RAPPEL qui offre des services d’experts-conseil en environnement et en gestion de l’eau. De plus, il a commenté le projet de rapport de consultation en septembre dernier.

Par la suite, des membres du conseil d’administration de l’APLE et des représentants du conseil municipal ont participé à une démonstration de martelage effectuée par le MFFP. Une visite par un expert du RAPPEL sur les lieux du chantier à la fin octobre, à la suite d’une invitation du MFFP, a valu des commentaires et des questions sur les travaux de voirie forestière au ministère. Finalement, la dernière visite a eu lieu le 12 février.

La présidente de l’APLE, Mme Lucie Domingue, a aussi rencontré le nouveau chef de l’Unité de gestion Estrie du MFFP, monsieur Éric Jaccard. Un des sujets à l’ordre du jour : l’application de normes plus exigeantes que la réglementation actuelle vu l’état du lac Elgin et la pente des terrains visés par les coupes.

Le conseil municipal de Stratford travaille en étroite collaboration avec l’APLE. Les municipalités déplorent de plus en plus que la réglementation relative aux terres et forêts publiques ne leur accorde aucun droit. Et pourtant, les municipalités doivent, entre autres, subir les impacts du transport du bois sur les chemins municipaux, des coupes forestières sur le potentiel récréotouristique des secteurs affectés et sur l’environnement et la qualité de l’eau des lacs qui s’y retrouvent, ressources inestimables pour les générations actuelles et futures de citoyens.

Projets citoyens
Dans le but de conserver intacte une bande riveraine identifiée comme zone de conservation par la MRC du Granit, mais où des coupes forestières peuvent être effectuées périodiquement, l’APLE vient de demander une aide financière. Dans le cadre du Programme d’aménagement durable des forêts, l’Association veut faire réaliser une caractérisation de deux zones dans une optique de mise en valeur tant en ce qui concerne l’interprétation, l’éducation et la recherche que la protection de l’environnement. Le conseil municipal de Stratford a appuyé ce projet.

Un projet privé a été soumis directement au ministre Dufour du MFFP en janvier dernier par M. Jacques Brunelle, propriétaire de Boisés Lemaquie Inc. Ce sylviculteur de 40 ans d’expérience, riverain du lac Elgin, propose d’échanger 852 acres de la forêt visée par les coupes par un bloc forestier qu’il détient, d’un seul tenant de 1000 acres, situé non loin de Stratford. Dans le boisé obtenu par cet échange serait érigé un sentier pédestre de 7,3 km accessible à tous, et possiblement une érablière (voir photo aérienne).

Y seraient construits des chemins à partir d’agrégats de granit provenant des anciennes carrières situées à proximité afin d’éviter l’envasement du lac Elgin. M. Brunelle exploite depuis peu une érablière avec son fils et sa fille. Ses façons de faire témoignent de sa préoccupation du développement durable des forêts.

Dans sa correspondance adressée au ministre Dufour, M. Brunelle, qui surveille de près les travaux forestiers en cours, identifie des aspects problématiques : travaux durant une période où les conditions climatiques et de terrain sont difficiles et, par conséquent, coûteuses; aucune récupération des arbres ayant poussé dans l’ancien chemin forestier abandonné depuis 20 ans; déviation durant plusieurs jours d’un cours d’eau permanent; marquage de beaux érables à sucre et d’érables rouges. Il s’inquiète également des impacts de la propagation de l’agrile du frêne dans cette forêt après les coupes.

M. Brunelle demande donc un moratoire de douze mois sur toute opération forestière dans le quadrilatère de la forêt du lac Elgin le temps que son projet ou d’autres à retombées plus collectives soient considérés. « La sensibilité de cette forêt n’est pas assez prise en compte. Il faut préserver ce patrimoine collectif. » Le Cantonnier a tenté d’obtenir une première réaction du ministre à cette lettre. Impossible ! La réponse sera adressée directement au principal intéressé. La réponse devra venir vite, car cet échange ne se produira pas si la forêt publique subit les coupes projetées. Il se rend régulièrement sur le chantier pour vérifier l’avancement des travaux.

La forêt du lac Elgin deviendra-t-elle un modèle d’utilisation où cohabitent harmonieusement les intérêts de tous ? Peut-être, si la mobilisation citoyenne est au rendez-vous et si les intervenants déjà présents dans le dossier continuent de collaborer.