En août dernier, un verdict historique a conclu qu’il y avait un lien entre le cancer d’un Américain et deux herbicides à base de glyphosate fabriqués par le géant de l’industrie agrochimique Monsanto (passée aux mains de l’Allemande Bayer), le « Roundup » et le « Ranger Pro ».

Le 15 janvier 2019, le tribunal administratif de Lyon ordonnait l’interdiction immédiate du « Roundup » en France. S’appuyant notamment sur les études du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) sur le glyphosate, les juges ont estimé que le « Roundup Pro 360 » devait « être considéré comme une substance dont le potentiel cancérigène pour l’être humain est supposé ».

Au même moment chez nous, Santé Canada nous disait que « […] les questions soulevées par les opposants [au glyphosate] ne peuvent être prouvées scientifiquement. » Pour couronner le tout, le ministère Santé Canada va même jusqu’à prétendre qu’aucun organisme de réglementation des pesticides dans le monde « ne considère actuellement que le glyphosate présente un risque de cancer pour les humains. » AUCUN ORGANISME !

La décision de Santé Canada
Regardons les faits.

En 2015, le Canada renouvelle son autorisation d’utiliser le glyphosate pour une période de 15 ans. En 2017, Santé Canada réévalue sa position concernant le pesticide, mais la maintient, et ce, en dépit d’un avis publié par le Comité international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a classé le glyphosate comme un cancérigène probable. Ce qui n’est pas sans provoquer un tollé de protestations chez les groupes environnementaux. Le Ministère décide donc, en 2018, de se pencher à nouveau sur cette épineuse question. On est alors en droit de s’attendre, au minimum, que Santé Canada émette certaines réserves au sujet du produit. Eh bien non. Au contraire, le communiqué du 11 janvier 2019 de Santé Canada nous apprend que : « Après un examen scientifique approfondi de l’ensemble des données pertinentes, nous avons conclu que les questions soulevées par les opposants ne pouvaient pas être prouvées scientifiquement. Leurs objections n’ont pas suscité de doutes ni de questions quant au fondement scientifique de la décision de réévaluation de 2017 concernant le glyphosate. Le Ministère maintiendra donc sa décision ».

Cette prise de position, qui ressemble à de l’entêtement, soulève quelques interrogations quant au fondement d’un tel verdict. Tout d’abord, comment est-il possible que Santé Canada ait prétendu qu’aucun organisme de réglementation des pesticides dans le monde ne considère actuellement le glyphosate potentiellement cancérigène pour les humains ? Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de concertation entre les pays en matière de santé publique ? À quoi ont bien pu servir toutes les enquêtes qui ont été menées à propos du « Roundup » depuis les années 90 ? La décision a-t-elle été influencée par les puissants lobbys des pesticides ?

Alors, pour y voir clair, devrons-nous, comme ça s’est fait ailleurs, nous en remettre à la justice pour ces questions qui, à la base, sont censées être de santé publique ? Cela mérite d’être regardé de près, car l’enjeu avec le glyphosate, c’en est d’abord un de santé publique, celle des travailleuses et des travailleurs agricoles, des personnes préposées à l’aménagement paysager, à l’entretien des pelouses et enfin à toute la population qui risque d’être en contact avec ce produit.

Nancy Laliberté, directrice CATTARA