Par Gaëtane Therrien

Ce film tout en contrastes, tant par ses personnages que par ses images et sa quête existentielle du début et de la fin, nous révèle un Kim Nguyen audacieux dans une réalisation qui aurait pu s’avérer périlleuse.

Premières images : écrans d’ordinateurs gorgés d’algorithmes fulminant à un rythme fou.

Jesse Eisenberg et Alexander Skarsgard nous proposent une interprétation stupéfiante de Vincent, verbomoteur, rêveur et visionnaire, et d’Anton, timide et asocial, génie créateur de leur folle entreprise, prêts à défier tous les obstacles pour relier le Kansas au New Jersey par un câble de fibre optique optimal.

Tout est question de milliseconde, de temps à pourfendre, à molester, temps qui tue famille et santé, temps qui corrompt de l’intérieur ceux qui s’y frottent.

Nature fastueuse côtoie machinerie monstrueuse dévastant tout sur son passage.

Leur ancienne patronne (Selma Ayek), qui rêve de voler les secrets d’Anton, est savoureuse tant par son aspect physique que par sa malignité. Sa vengeance n’aura de cesse.

On note quelques caractéristiques propres à Kim Nguyen : les plats raffinés lors d’une réception familiale, la jeune fille d’Anton chantant un lied de Schubert, pièce difficile en soi, même pour un adulte.

Les dernières images sont totalement à l’opposé des premières, d’une très grande beauté et simplicité : les deux compères assis devant une pluie au ralenti, comme si le temps s’était arrêté. La caméra semble, elle aussi, s’arrêter de tourner. On fait le vide et on reprend un cours de vie doux, sain et apaisant.