Le 20 mai prochain, nous célébrerons la « Journée nationale des patriotes. » Que célébrons-nous au juste ?

Souvenons-nous d’abord que le Traité de Paris (1763) consacre le roi britannique souverain de l’Amérique du Nord. Dès lors, la Nouvelle-France n’existe plus.

Soumission et espoir
L’élite française, les chefs militaires et les administrateurs doivent quitter la Nouvelle-France à tout jamais. Le pouvoir civil français est décapité. L’Église devient la seule organisation capable de « représenter » les Canadiens (c’est ainsi qu’on appelle les Français d’Amérique à cette époque). Les colons français qui demeurent en terre d’Amérique vivent alors de peine et de misère.

Mais voilà que certains Anglais du sud veulent rompre avec la monarchie. Devant la menace d’une rébellion, la Couronne britannique promet aux Canadiens de conserver leur langue et leur religion s’ils soutiennent le roi. Ils le font. C’est l’Acte de Québec (1774).

Par la suite, la Déclaration d’indépendance (1776) crée un nouveau pays : les États-Unis d’Amérique. L’Angleterre divise alors sa colonie nordique en deux parties : le Haut-Canada (l’actuel Ontario), où se réfugient la plupart des Anglais demeurés fidèles à la Couronne britannique et le Bas-Canada (l’actuel Québec), où l’on regroupe les Canadiens français. C’est l’Acte constitutionnel de 1791.

Parole et Liberté
Des Canadiens français dits « patriotes » se mettent à l’œuvre pour recouvrer le droit d’exister comme peuple. Ils obtiennent une presse libre en 1806.

Puis voilà qu’en 1812 le président américain, voyant que les Anglais étaient occupés avec Napoléon en Europe, décide d’envahir le Canada. Le roi britannique promet à Salaberry qu’il reconnaîtra le peuple canadien-français comme une société distincte s’il combat les Américains. Celui-ci, aidé d’Iroquois catholiques, affronte et repousse les Américains. Pour une deuxième fois, les Canadiens sauvent la colonie britannique.

Tromperie et lutte armée
Malheureusement, non seulement la promesse n’est pas tenue, mais le gouverneur du Bas-Canada dispose d’un droit de veto pour annuler les projets de loi déposés par les députés canadiens-français. Il profite même des fonds publics pour angliciser le territoire en vue d’assimiler le Bas-Canada.

Les Canadiens français obtiennent quand même un premier parti démocratique en 1827, le « parti patriote », et un réseau scolaire francophone laïc en 1829. Mais en 1834, la demande pour l’obtention d’un gouvernement responsable (reconnaissance de la nation, liberté politique et gouvernement démocratique) est refusée par Londres. C’est le document des « 92 résolutions ». La Couronne britannique veut que le Canada demeure une colonie.

Les patriotes prennent les armes. Dix-sept batailles ont lieu entre novembre 1837 et novembre 1838. L’armée britannique remporte le combat final.

Assimilation et survie
En représailles à ce soulèvement, Lord Durham abolit les institutions démocratiques et les droits de la personne. Il unit le Haut et le Bas-Canada (1840) et préconise l’anglais comme seule langue officielle. Le but est d’assimiler les Canadiens français pour de bon.

Cependant, la liberté de religion demeure (il y a aussi des Anglais qui sont catholiques).

L’Église canadienne-française devient alors un véritable État dans l’État. Elle forme les générations suivantes d’avocats, de médecins, de peintres, d’architectes, d’écrivains, etc.

Ainsi, le peuple canadien-français survit à sa mise en minorité et à son exclusion des affaires politiques et commerciales.

Se souvenir et vivre
C’est pour souligner « l’importance de la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de la nation, pour la liberté politique et pour l’établissement d’un gouvernement démocratique » que le gouvernement du Québec a instauré la Journée nationale des patriotes. La première commémoration a eu lieu le 19 mai 2003.

C’est l’occasion de se rappeler la conquête de nos droits civils et de donner corps à la devise du Québec, « Je me souviens ». C’est plus qu’une fête pour le Québec : c’est une fête pour tous les Canadiens français, voire tous les Franco-Américains, qui continuent de lutter pour vivre en français.

Source : La mémoire qu’on vous a volée, Gilles Proulx