Le Canada a perdu plus d’un million d’emplois en mars et vu son nombre de chômeurs bondir de 413 000 sous l’effet de la COVID-19. Statistique Canada indique que le taux de chômage a augmenté de 2,2 points de pourcentage pour atteindre 7,8 %. Il s’agit de la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée. Rappelons que Statistique Canada considère qu’un chômeur est quelqu’un qui a perdu son emploi et s’en cherche un autre. Mais la pandémie chambarde les statistiques. En effet, on a mis l’économie en pause et multiplié les mises à pied temporaires pour ne s’en tenir qu’aux services essentiels. Ainsi, peu de personnes cherchent du travail : au Canada, ce sont 219 000 personnes de plus que les chômeurs « stricts » qui sont contraintes à l’inactivité. Si on les avait comptabilisées, nous aurions eu, en réalité, un taux de chômage de 8,9 %.

Au Québec, cette bizarre économie, où les emplois sont là mais de plus en plus en dormance, a fait grimper le taux de chômage de février à mars de 4,5 à 8,1 %. L’emploi a reculé de 264 000 personnes. Les économistes préviennent que les chiffres bondiront encore en mai, car les données de l’enquête d’avril ont été recueillies avant l’arrêt, annoncé le 23 mars, des activités jugées non essentielles. À ce moment, des millions de Canadiens ont dû demander une aide d’urgence et ils ne seront comptabilisés qu’en mai. Par ailleurs, Statistique Canada signale que la période qui se rapproche le plus de l’actuel effondrement de l’activité économique a été la tempête du verglas en 1998.

Oublions quelques instants les chiffres et les statistiques, car ils ont perdu leurs repères, leur sens, en cette période hors norme. Derrière un chiffre, il y a une personne, un ami. La bonne nouvelle, c’est que les gouvernements compensent les effets de la mise en quarantaine de l’activité économique par des mesures et programmes de soutien aux salaires et revenus de la population. Tout le monde retient son souffle en attendant la reprise graduelle et mesurée de l’activité. Une chose est sûre, elle devra être subordonnée à la santé publique et fondée sur des stratégies locales. Pour redémarrer cette économie hibernante, il faudra remettre les entreprises en production et, impérativement, consommer « local » pour les soutenir : se servir du Panier Bleu pour nos achats. L’occasion sera belle aussi pour réorienter nos façons de faire en regard des changements climatiques. Comme on dit souvent, redémarrer la machine sur des bases plus saines.