Sur un petit chemin forestier de Saint-Jacques vit par intermittence le bien nommé Pierre St-Jak. Un drôle de phénomène qui installe des sculptures au milieu des bois, dessine des cœurs sur les rochers, crée des collages inouïs et des musiques envoûtantes comme des nuits d’été. Un personnage attachant, aussi taciturne qu’exubérant, dont l’esprit vif tourne à cent à l’heure. L’homme est un joueur, de part en part, un Artiste pour le dire autrement. Tout le temps en train de jouer. Il joue avec et dans la nature, il joue au ping-pong, il joue avec son appareil photo, il joue du piano, il joue avec des bouts de carton, de papier, de colle, il joue avec les mots en multipliant calembours, contrepèteries, parties de scrabble, et j’en passe. Un personnage singulier donc, d’une transparence trouble comme une chaude brume matinale au-dessus du lac.

Le baiser – L’amour a toujours eu raison d’être Photo par Pierre St-Jak

Je parlais de ses collages. Il en a réalisé des centaines à ce jour, dans son petit atelier au bout du jardin, entre autres lieux ; des petits, des grands, de tous formats. Et à l’image de leur créateur, ceux-ci racontent des histoires baroques, explorent des chemins non balisés, ondulatoires, merveilleux. Au sens où l’explicable se révèle sans qu’on ait besoin de chercher à comprendre ; je veux dire : il s’agit simplement de se laisser entraîner dans le surnaturel de l’affaire, pour, comme ça arrive souvent avec l’art, être capturé vivant, avec tout ce que ça implique d’abandon et de grâce.

Le cœur sur la roche Photo par Dyane Raymond

Pierre St-Jak a longtemps accompagné au piano des poètes dans leurs lectures publiques et, à l’intérieur de ses collages, j’ai parfois l’impression que l’histoire se répète, car il y a de la musique dans le mouvement de ses tableaux, de la poésie dans la sinuosité des formes ; ou serait-ce l’inverse ? Quoi qu’il en soit, il y a du ravissement, et qu’on soit transporté au ciel, dans la joie ou dans la dubitation, comme dirait l’autre, l’important, c’est d’être transporté. Et je le suis chaque fois qu’il m’est donné d’entrer dans son pays des merveilles.

Dyane Raymond
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