prés St-Fortunat
And so it begins. « The snows that are older than history, The woods where the weird shadows slant. The stillness, the moonlight, the mystery. I’ve bade them goodbye, but I can’t. » Robert W. Service Crédit photo: Charlie McKenzie

J’ai perdu une dent et retrouvé une amie. Ça n’a apparemment aucun lien. Ça n’a effectivement aucun lien. Mais il y en a quand même un. Que je vais créer. Pour que ça devienne une histoire. Une humeur. Un paysage. And so it begins, comme le dit si bien mon ami Charlie.

D’abord la dent. Elle était abîmée depuis plusieurs années, et puis un jour il n’en resta qu’un fragment qu’il fallut extraire. Et ça fit un grand trou. Il y a certes des manières plus élégantes d’agir, mais ça coûte beaucoup plus cher. Ce trou me troubla et continue de me hanter, malgré la main sûre et l’humour allègre de Dany et la fraicheur attentive de la jolie Sandra. Rien n’y paraît et mon trou noir troublant est bien dissimulé derrière d’autres belles dents saines, mais j’ai perdu quelque chose de précieux ce jour-là. Une partie de moi vivante, enracinée, c’est le cas de le dire. Et ce n’est qu’une dent, imaginez si c’était un doigt, un bras, une jambe ou quelque autre membre ou organe. Bref, il me manque, à jamais, quelque chose. Vous pouvez me traiter de romantique ou de lyrique : j’assume.

L’amie, je l’avais perdue, elle aussi. Irrémédiablement, croyais-je. Notre fougueuse jeunesse, mes fragiles, folles, ineptes certitudes ont fait dévier nos trajectoires comme des plaques tectoniques. Et des milliers d’années plus tard, on se retrouve, devant un verre de vin comme à vingt ans. Devant un verre de vin comme à presque soixante ans. Devant un verre de vin à nous dire :

— Qu’est-ce que tu fais ces temps-ci ?

— Rien. J’écris.

Devant un verre de vin à éclater de rire en même temps parce que c’est ce que plein de monde pense et que c’est tristement absurde.

Nous avons terminé la soirée en buvant une bonne tisane de thym. Nous avons vieilli apparemment. Mais on a continué à rire. Il faisait chaud et pas seulement à cause des braises dans le poêle. Vous pouvez me traiter de romantique ou de lyrique : j’assume.

Je vous embrasse tendrement tout le monde et vous souhaite un heureux temps des fêtes.

Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Dyane Raymond
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