Les temps changent. La jeunesse et la vieillesse font le jeu des vases communicants, l’un transmettant à l’autre son héritage et sa foi, l’un transmettant à l’autre sa fougue et son éternité. Les deux se rencontrant sur le seuil d’un passage obligé, arpentant un couloir ceint d’horizons divers, se croisant parfois sans se reconnaître, s’interpellant avec respect ou désinvolture, avec austérité ou espièglerie ; l’un et l’autre ne tenant pas toujours le rôle auquel on se serait attendu.

Ainsi, l’autre jour, à la fête champêtre des bénévoles du Cantonnier, j’ai croisé Jeannine Lacasse qui nous recevait généreusement dans sa cabane à sucre. Un lieu de rêve, comme les gens heureux savent si bien les façonner à leur image. Une femme d’exception qui a porté sa force, son courage et sa vitalité des forêts abitibiennes aux forêts appalachiennes. Une femme au regard d’adolescente qui semblait prête à danser toute la veillée et qui de fait sautillait d’un groupe à l’autre ou se posait un instant avec douceur et résolution.

Elle était belle la Jeannine avec ses boucles blondes, sa chemise rose, son air d’été. Et c’a été aussi une belle fête, grâce à elle, à Danielle, à Jean-Denis et à tous ceux et celles qui œuvrent avec tant de bonté pour que ce journal existe, pour que cette solidarité existe, pour que « nous » existions. Car ce petit battement d’ailes journalistique, essentiel à notre communauté, possède des horizons insoupçonnés, comme tout acte désintéressé et ouvert sur le monde. Notre journal est communautaire, c’est ce qui fait sa force : il appartient aux gens qui le lisent et le construisent. Il est un port d’attache et un lien d’appartenance à la collectivité. « Vous êtes ici », indiquent parfois certains pictogrammes. Vous êtes ici, dans un espace qui bouge, qui cherche, qui se questionne, réfléchit, interpelle. Vous êtes ici chez vous et, dirait mon amie Sophie, comme dans une auberge espagnole : on y trouve ce qu’on y apporte.

 

Dyane Raymond
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