Coeur de Pierre
Cœur de Pierre. Photo par Charlie McKenzie

Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Les faits et gestes amoureux sont si simples ; pas de quoi en faire une chronique. Mais vous qui me connaissez, savez que je n’en suis pas à une contradiction près…

Je reviens à la campagne après une absence de plusieurs semaines.

Il faisait froid sur le chemin en marchant. Le vent soufflait. J’avais oublié le vent. Et la poussière que soulevaient les voitures sur la route. Et le piaillement des geais bleus. Et le sommeil des chats, entier, profond. On oublie vite.

Pendant que je faisais mes courses au IGA, le maire m’informe qu’il est en train de mettre sur pied un projet de coop internet pour que nous soyons enfin équipés haute vitesse à Saint-Jacques. Des gens me saluent dans les allées. Le sourire si joli de Valérie, elle me dit qu’elle est heureuse dans sa nouvelle maison.

​J’entre chez Renelle sans frapper. Ses petits-enfants mangent des chips en regardant les dessins animés à la télé, enroulés dans leur doudoune comme des petites boules d’amour. Je me prends un bol de chips. Elle prépare les légumes pour la tajine. Je lave la salade.​ Lise arrive et entre sans frapper…

Et puis le soir tombe, et soudain il y a des lumières, des chandelles, des assiettes remplies d’odeurs et de couleurs. Des verres qui s’entrechoquent. Les faits et gestes, les rires, les mots forment une montagne, nous la gravissons bruyamment, mais pas trop fort pour ne pas réveiller les morts. Maman est morte aujourd’hui. Il y a un an de cela. À 13 h 45.

Aujourd’hui, je vais cuisiner un bœuf bourguignon pour le souper d’anniversaire de mon chéri. J’écrirai ma chronique.

​Et j’irai encore marcher sur le chemin​. Et le vent entrera dans mes yeux.

Dyane Raymond
Latest posts by Dyane Raymond (see all)