C’est le printemps. Photo par Charlie McKenzie
C’est le printemps! Photo par Charlie McKenzie

Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

On n’a pas eu un hiver dur. Tout le monde s’accorde à le dire. Mais le printemps ramène la même joie, le même empressement, la même excitation. Comme si c’était la première fois. Mais n’est-ce pas toujours la première fois ? Le premier voilier d’oies qui reviennent. La première coulée de sève. La première marche, le col déboutonné… Le petit lac derrière chez nous n’est pas encore calé, mais ça viendra. Et les premiers bourgeons, et ce moment magique où on est dehors pieds nus en bras de chemise. Où je veux aller avec ça ? Je ne sais pas. Nulle part. Juste dans ce moment présent rempli de soleil, de cris d’oiseaux, de linge sur la corde qui va sentir bon quand je vais le rentrer. Dans cet instant de printemps qui me donne mon premier émoi de la saison. Il y en aura d’autres. Plein d’autres. Comme celui où je retrouverai mes amies que je n’ai pas vues depuis des semaines et des mois pour mieux leur dire que je les aime. Celui de marcher dans le rang boueux avec mes bottes de caoutchouc. De les rincer dans le ruisseau en éclaboussant partout. D’entendre les oiseaux en m’éveillant,  par la fenêtre ouverte. Le matin d’un nouveau jour. Le premier. Ce jour dont le passé est l’ouverture par laquelle se glisse la lumière qui permet d’avancer. Ce jour dont l’avenir reste à inventer, à créer, à rêver. « Aller de l’avant », me disait mon amie Renelle l’autre jour au téléphone, même si le chaos semble avoir tout détruit autour de soi. Surtout si tout a été détruit. Parce qu’on est encore là. Parce que quelqu’un a besoin de nous. Qu’on le veuille ou non. Qu’on en ait conscience ou non. On ne sait pas de quoi demain sera fait. C’est bien pourquoi le maintenant est si important. C’est bien pourquoi il importe de capter la Beauté et de la placer dans un écrin de paix et d’innocence. Personne ne prétend qu’il est facile d’être heureux. C’est un travail lent et délicat. Un travail pourtant essentiel. Parce que contrairement à ce qu’on pourrait croire, on n’est pas heureux pour soi. On est heureux pour transmettre notre joie à l’autre. Et lui permettre d’avancer.

Dyane Raymond
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