Tamia
Photo par Charlie McKenzie

Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Le matin, le soleil, la lumière. S’attacher à un détail, une merveilleuse faille sur la pierre. Je n’aime pas tellement les tamias, qui me crient après dans la forêt comme si elle n’appartenait qu’à eux seuls. Mais j’aime celui-là. Parce qu’il est proche. Parce qu’il a été capté dans toute sa Beauté. Parce que dans son œil je vois de la peur. Et que la peur quand elle n’est ni tristesse ni drame, est, non pas belle, ce serait beaucoup lui en demander, mais vulnérabilité. J’aime la vulnérabilité. Parce qu’elle est l’expression vraie sur mon visage. Plus que la gaité ou les sourires kodak (ou selfie, devrais-je dire maintenant). Plus que les larmes même, qui bien que qu’irrépressibles et vitales, n’en sont pas moins théâtrales. La vulnérabilité, c’est ce tremblement quasiment imperceptible dans ma voix quand la déception, le dépit ou la colère prennent le dessus. C’est moi adossée derrière une colonne dans le hall d’une salle de spectacle, refusant de me mêler aux autres, pensant n’avoir rien à dire. C’est de regarder mes amies et de les trouver tellement tellement belles. De penser au temps qui passe comme à un vertige. De me demander où me mènera mon prochain voyage, et même s’il y en aura un prochain. La vulnérabilité c’est de ne pas savoir comment dire « je t’aime », parce que les mots doux sont aussi les plus graves. Il m’arrive d’avoir peur de m’effriter comme une feuille séchée tant je me sens fragile et vulnérable. Je sais que ça peut arriver à n’importe quel moment, l’effritement. Dans n’importe quel détour. Je sais que je devrais considérer chaque jour, chaque respir comme un cadeau du ciel. Mais ma vulnérabilité, parfois, va même jusqu’à n’être pas capable de cela. Alors un matin, un soleil, une lumière, un tamia… est là.

Dyane Raymond
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