Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Nous vivons dans un monde imparfait où pourtant l’excellence se distingue et est prônée comme une marque de savoir-faire et presque érigée au rang de valeur.

Photo : nesting robin par Charlie McKenzie
Photo par Charlie McKenzie

L’autre jour j’ai croisé une jeune future maman qui se plaignait de ses nausées et s’inquiétait de son échographie prochaine où son embryon pourrait apparaître avec quelque malformation. « Je ne pourrais pas élever un enfant handicapé », se désolait-elle. Et j’ai pensé à l’attachant Félix, à Isabelle si superbement pétillante et vivante. Leurs « imperfections » selon les critères des gens « normaux », pour moi, sont des traits de beauté, de vérité, de transparence. Leurs gestes, leurs paroles, leurs actions ne sont ni plus ni moins parfaits ou imparfaits que les miens ; leurs émotions, leurs peurs, leurs désirs ont autant d’importance que les miens. Alors qu’est-ce qui nous distingue ? Une certaine dépendance ? C’est vrai, je pourrais vivre seule et eux non. Mais le puis-je vraiment ? Mon cœur esseulé ne deviendrait-il pas fou si tu n’étais pas là, amour, amie ?

Le nid où couve la mère merle est un enchevêtrement de fils, branchailles, feuilles, un beau fouillis et pourtant idéalement adapté pour recevoir l’imminente progéniture. Mon amie Hélaine est une bordélique de première et pourtant une femme organisée qui en mène large. Les apparences, on l’a souvent dit, sont trompeuses et pourtant elles sont aussi révélatrices. Ça veut juste dire que nous vivons au milieu d’une complexité infinie où la perfection n’est qu’un leurre, voire un artifice ou pire encore une mystification destinée à nous aveugler, nous bâillonner. Car si je ne puis atteindre la perfection, ne suis-je restreinte qu’à quelque subordination ? Que nenni ! car si je ne puis être parfaite, je suis celle qui comprendra les failles et les erreurs, celle qui évitera les écueils et les pièges (parce que j’y suis déjà tombée), celle qui appréciera la plus petite beauté dans toute la préciosité de l’instant. Celle qui aimera, « même trop même mal », comme chantait Jacques Brel.

Je ne puis être parfaite parce qu’elle n’existe pas, la perfection, et l’excellence n’est que sa sœur fantôme.

Dyane Raymond
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