Par Dyane Raymond et Charlie Mckenzie

On est là, pas perdu en pleine mer, pas très loin de la rive. On est là, quelque part entre l’enfance et la vieillesse. Accompagné d’un frère, d’une sœur. Qui est parfois nommément ce membre de la famille, ou cet ami, amie, de longtemps, de « toujours », aime-t-on penser, qui en sait plus sur nous que notre journal intime, qui nous connaît comme sa poche et en qui on place toute notre confiance. Cette personne, ni ange ni cahier muet, ne juge pas, mais est aussi sans complaisance. Quelqu’un qui critique, s’emporte, proteste mais avec amour et vérité. Quelqu’un qui nous dit, oui, nos quatre vérités, et qu’on a envie de battre de tant de perspicacité. Des vérités qu’on voudrait enfouir sous une pile de bonnes excuses,  de « c’est la faute à pas de chance », de procrastinations. Des vérités qu’on ne se révèle pas facilement et qui se faufilent au milieu de toute une foule d’importantes affaires à faire. Une collègue me racontait que son ostéopathe lui avait prescrit, entre autres, de s’octroyer au moins une demi-heure de plaisir par… semaine. Elle me confiait ça comme si on lui demandait l’impossible, elle qui accaparée par un travail exigeant se dévoue entièrement à lui. Perdues dans ces affairements, il y a nos vérités, qui sont toujours bonnes à dire parce qu’elles sont… vraies. C’est-à-dire qu’elles possèdent la qualité de la transparence et donnent à voir de la lumière. Jules, au marché de Saint-Jacques l’autre jour, me disait dans un même souffle en me tendant mes patates que la lumière qu’on reçoit de l’autre est toujours un ressourcement. Et ça n’a rien d’ésotérique, ça signifie seulement que ce qui s’exprime en vrai – parole, travail, geste… – est une des plus belles choses qu’on puisse donner à quelqu’un. Qui n’est pas gratuite pour autant, car en échange on attend la réciproque ; et quand on la reçoit, ça fait tourner une roue qui apporte non seulement de l’eau au moulin de la joie, mais bâtit la paix, qui fait cruellement défaut aux humains tourmentés que nous sommes.

«Kids on raft », par Charlie McKenzie
Photo: «Kids on raft» par Charlie McKenzie

Bientôt septembre, on entame un autre cycle après un été d’une générosité extrême. Mon grand frère de cœur, le jour de son anniversaire, m’écrivait que le plus beau cadeau qu’il ait reçu de tout temps c’est celui de la vie elle-même, et que son défi consistait à savoir l’apprécier dans toute sa valeur. Un cadeau que je souhaite à chacun.

 

Dyane Raymond
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