Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Voir le monde autrement. Les hauteurs exercent une attraction certaine chez l’homme. Un ami en voyage à Hong Kong m’écrivait récemment alors qu’il prenait un verre au 118e étage d’un gratte-ciel, avec photo à l’appui. Des alpinistes bravent le froid et la mort pour atteindre des sommets. Quant au septième ciel… bon, ok, c’est une autre histoire. Il y a quelques années, j’ai sauté en parachute avec quelques élèves de Marius-Ouellet, et j’ai éprouvé une sensation, comment dire, non de puissance ou de grandeur, mais de quelque chose de très doux. Comme si cette chose impossible qui consiste à traverser les nuages rendait possible une intemporalité. Comme si l’apesanteur allégeait du même coup toutes les vicissitudes. L’instant fut bref, quelques secondes à peine, mais perdure encore dans mon esprit l’état de grâce et de reconnaissance que j’ai ressenti en passant à travers les nuages. Toutefois, il a fallu pour cela affronter le vide et sauter. Tout a un prix apparemment.

Photo par Charlie McKenzie

Voir le monde autrement, évaluer les horizons, porter le regard au-delà de. Préjugés, angoisses, appréhensions. Certitudes, prétentions, rectitudes. Au travail, j’ai rencontré et me suis liée d’amitié avec deux jeunes musulmans croyants et pratiquants. Nous discutons rarement de religion. Je demande des nouvelles des enfants, des parents restés au Maroc, de la recette de pastilla au poulet que la femme de l’un réussit à merveille, de la cérémonie d’accréditation à laquelle la nouvelle ingénieure a participé, etc. Cependant, les rares fois où Ibrahim me glisse qu’il doit se rendre à la mosquée ou que la belle Wafae me confie la ferveur qu’elle ressent en priant, je crois m’approcher un peu de la joie que leur procure la foi. Que je n’ai pas. Mais qu’importe. Je ne veux pas être celle qui renie et refuse, même si je ne comprends pas. Surtout parce que je ne comprends pas. Je serais très étonnée d’être un jour convertie à quelque religion que ce soit; en revanche, et vous le savez bien depuis le temps que nous nous fréquentons, je crois en l’humain. Même si je ne le comprends pas toujours. Je crois en la bonté intrinsèque que la plupart possèdent, en la capacité de changement et d’adaptation dont nous bénéficions dans les plus sombres moments, les plus douloureux instants. Je crois en l’amour incroyable et saisissant qu’il y avait autour de notre tablée d’anniversaire l’autre soir chez Renelle. Je crois à l’effet thérapeutique des chats, peut-être parce qu’ils se laissent aimer malgré nos vaines tentatives de les domestiquer. Je crois en toi mon chéri, qui voit loin, bien au-delà de mes peurs…

Dyane Raymond
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