Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Nous nous définissons, entre autres, par nos blessures. Ce sont elles qui façonnent les êtres que nous sommes. Elles qui façonnent la bonté dont nous sommes capables. Elles qui façonnent la retenue, l’élan, le possible et le difficile de nos existences. Je ne suis pas certaine, comme le prétend Nietzsche, que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, j’aime mieux penser que la faille de chacun est ce qui crée l’élégance, engendre l’ouverture, est ce qui le rend attachant, ce qui la rend généreuse. La générosité, voilà une belle chose, parce qu’elle demande un effort et qu’elle procure une inestimable joie.

Photo par Charlie McKenzie

Entendre le fils de la famille, par exemple, jouer une pièce de Bach au banjo dans la cuisine après souper devant un public fervent et concentré relève d’un événement unique. C’était tout sauf magique. C’était du grand bonheur à l’état pur, du bonheur humain, imparfait et sublime. La famille réunie autour de la table, le musicien, chauffeur de van, qui joue de son instrument en bras de chemise et bottes de construction. La fragilité de ce jeune homme, quelle qu’elle soit, me touche. Je la vois dans ses yeux, dans son grand corps blond musclé ; elle fait de lui un être dont le sensible s’articule dans un murmure, un homme qui parle sans élever la voix  avec un rire un peu voilé dans le regard. Et qui possède l’extrême bienveillance de sa mère, ce qui n’est pas rien. La paix de l’âme est l’œuvre d’une vie et c’est la seule à laquelle je puisse aspirer. Car mon côté un peu cynique me donne à penser que celle des hommes reste inatteignable.

Dans un même ordre d’idée, je voudrais aussi vous parler de mon nouveau patron. Lui et sa compagne nous ont reçus chez eux, cette folle journée de mai où il a fait si chaud, vous vous souvenez. Une vingtaine de personnes autour d’un BBQ se régalant des attentions qu’ils avaient passé des heures à préparer. Le tour de force de Mario, et Josée, ne se trouvait pas seulement dans les bouchées de prosciutto, de saumon fumé, les salades ou les brochettes marinées et montées une à une ; non la grande réussite de cette fête c’est le regard qu’il nous a permis de porter les uns sur les autres en étant heureux de rire, boire et manger ensemble. En ouvrant sa porte, et un peu son cœur forcément, il a uni son équipe le mieux du monde : en nous offrant la possibilité de nous apprécier et de nous aimer. Autrement. À sa manière. Mes collègues et amis se gaussent souvent en me traitant d’affreuse romantique. C’est vrai, mais pas complètement. Car par ailleurs, je suis aussi une incorrigible pessimiste qui trouve un peu d’apaisement en décelant comment s’exprime la bonté que chacun porte en lui. Une manière pour moi d’aspirer à un peu de repos et de tranquillité. Y’en de pires. Y’en a de meilleures.

Dyane Raymond
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