Photo par Charlie McKenzie

Par Dyane Raymond et Charlie McKenzie

Souvent je commence à écrire cette chronique sans trop savoir de quoi elle sera composée. Je me laisse d’abord porter par la photo de Charlie, puis pense au généreux banquet chez Nicole et Daniel l’autre samedi, ou demande à mon chéri de me suggérer un thème, qui me répond en général la première chose qui lui passe par la tête. Ce matin, ce fut : La vaisselle ! « Hum, faudra que je sois drôlement inspirée, lui rétorquai-je, pour alimenter un tel sujet. » Ce qui m’amena à penser aux mystères de la création. Rien à voir avec le créationnisme évidemment (qui rime avec crétinisme), et plus près de ce qui est le principal matériau des artistes en général. Le fait de trouver des idées et de poser des gestes pour donner du sens ou participer au mieux-être de la vie. Le fait de tomber dans la lune longtemps devant un pan de ciel et l’instant d’après écrire la première phrase. Le fait de regarder le laborieux mouvement d’une fourmi et l’instant d’après confectionner un gâteau ou une bibliothèque pour ses petits-enfants. Ou d’aller prendre une marche avec son amie, qui en avait long à raconter, et l’instant d’après la sentir plus légère, et rassérénée. Dès les premières douceurs du printemps et jusqu’aux premières neiges d’automne, mon chéri a l’habitude après souper d’aller s’installer dehors, immobile sur une chaise ou déambulant autour du terrain jusqu’à la nuit tombée en pensant à ses projets, examinant ses constructions, etc. À chaque fois que je le vois sortir, j’ai le sentiment qu’il s’en va prier, ni dieu ni maître, mais quelque chose d’intime et de déiste néanmoins. Une chose pour laquelle j’éprouve un grand respect. Car cet espace dans lequel et auquel il réfléchit possède la grandeur d’une cathédrale, sa majesté et les mêmes pouvoirs d’introspection et de recueillement. Je ne lis pas dans ses pensées, mais je sais qu’elles sont empreintes de ce qu’il y a de plus beau dans l’art : amour et intelligence. Ce que nous faisons, tous et chacun, quand nous prenons soin les uns des autres, dans les moindres gestes, les moindres mots, les moindres efforts pour comprendre, accepter, changer, améliorer le cours des choses, le sort du monde, la beauté de la vie.

Dyane Raymond
Dyane Raymond

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