Maintenant que j’ai vendu la mèche, vous savez que c’est mon chéri qui me dicte souvent  les sujets de mes chroniques. Ainsi lorsqu’il me demande sur quoi portera celle-ci, je lui réponds tout naturellement :

— Ben dis-moi…

— Le voyage, renchérit-il, puisque t’arrive de Paris.

Photo par Charlie McKenzie

Comme toujours sa sagacité me laisse pantoise. Comme toujours, je sais qu’il y a bien plus derrière le miroir de l’évidence. Une âme, un cœur. Les lieux n’en sont pas dépourvus, loin s’en faut. Nous le savons, nous qui habitons une région si vibrante et offrante. Pendant que j’étais en France, j’en ai profité pour visiter une vieille amie qui vit dans une campagne non moins belle et inspirante que la nôtre. Se retrouvant seule dans une trop grande maison éloignée des centres et des services, elle a dû se résoudre à la vendre pour s’installer dans un village plus près de la ville. J’ai connu la grande maison d’Orsans et y ai vécu d’extraordinaires heures de joie. Parce que la maison bien sûr : vaste, chaleureuse, remplie de fantômes accueillants et d’histoires (celle avec un grand H et de nombreuses autres) et, il faut le reconnaître, dotée d’une cave à vins fort bien pourvue. Ainsi appréhendai-je de découvrir la petite maison que s’était dégotée mon amie à Chouzelot, un village à peine plus grand que celui qu’elle quittait, mais où l’attendaient Maryvonne, une voisine et amie hors pair et un accueil où solidarité, gentillesse, cordialité et épicurisme, entre autres, ne sont pas que des mots. Mais ma plus grande surprise fut de constater que mon amie Sophie avait ramené dans ses cartons les fantômes d’Orsans. Car je les retrouvais bel et bien dans l’air de cette demeure, ils étaient déjà confortablement installés dans les murs et se promenaient librement dans l’escalier exigu menant à l’étage. J’en ai même trouvé un caché sous le coussin du sofa où nous nous étions lovées pour regarder notre série préférée à la télé. Ces fantômes m’enveloppaient comme une doudoune et m’offraient la détente que seuls l’amour et la bonté prodiguent sans compter. Sophie est une fée. Je l’ai su à la première minute où je l’ai rencontrée. Une fée secondée par des elfes, qui sans relâche s’activent du mieux qu’ils peuvent à semer du bonheur dans leur sillon. Merci ma Sophie de me conserver après toutes ces années cette tendre affection, merci pour ce bel accueil… et pour le champagne.

Quel rapport avec le héron de la photo, pensez-vous ? Je ne sais pas, si ce n’est que l’âme des êtres, comme celle des oiseaux et des lieux exsude sa Beauté avec délicatesse et bienveillance, comme les fantômes que nous savons accueillir.

Dyane Raymond
Dyane Raymond

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