En regardant la magnifique photo de mon ami Charlie, je me dis que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Le froid, et avec lui, la neige sont arrivés, puis repartis, puis reviendront, avant de céder à leur tour la place à une autre renaissance, dans le cycle des saisons, le cycle de la vie. J’ai eu trois fois vingt ans, la semaine dernière. Des milliers d’images dans la tête, des dizaines de rêves, une poignée d’amies, un grand amour, et deux chats. Quelques voyages derrière moi, d’autres à venir, qui forment la jeunesse, soutient l’adage, ce qui signifie pour moi qu’ils ouvrent notre conscience à une  humanité plus sensible, plus vraie. L’autre et l’ailleurs nous confrontent, craquèlent la fine paroi de verre de notre gentil confort, et offrent en même temps des paysages et des humeurs avec lesquels toutes les télés, tous les internets du monde ne pourront jamais rivaliser : l’étranger (chez nous ou là-bas) permet l’impossible : la proximité avec le lointain. Et c’est dans ce rapprochement « impossible » que s’exprime la bonté, quand elle court dans nos veines pour faire battre le cœur et irriguer l’esprit. Et nous rend plus libre. Mais ça veut dire quoi dans la vraie vie « être libre », quand il faut se lever chaque matin pour aller travailler, quand il faut se serrer toujours plus la ceinture pour payer les factures, quand il faut… ? Ça signifie être capable d’aimer, pas juste son jardin, les chats ou son chéri ; aimer dans le sens sacré du terme. Aimer la Nature, avec un grand N ; aimer ce qui ne se voit pas, ce qui ne se comprend pas. Il y en a qui appelle ça Dieu, ou Allah, ou Jéhovah, ou Bouddha, moi j’appelle ça la Vie.

Photo par Charlie McKenzie

L’autre jour au bureau, comme on le fait souvent machinalement,  je m’enquiers auprès de ma jeune collègue Valentine : « Ça va ? » « Très très bien, répond-elle, parce que j’aime la vie. »

Ça m’a émue. Pas qu’elle le dise, mais qu’elle le pense vraiment. Parce que j’ai entendu : j’aime Dieu, j’aime l’autre, je t’aime. Aimer la vie n’est pas un privilège réservé à certains élus, c’est un devoir que chacun cultivera par respect envers lui-même, un engagement pour profiter de sa liberté et préserver celle de l’autre. Le célèbre « l’enfer c’est les autres » de Jean-Paul Sartre, je l’ai souvent pensé, mais aujourd’hui, je crois que je inclut l’autre et il est de ma responsabilité de lui révéler mon amour, mon audace, mes peurs, mes dépassements…

Dyane Raymond
Dyane Raymond

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