Je comprends pourquoi soufflent souvent de grands vents dans les films d’horreur quand je vois et entends celui de ce matin qui enfle et gronde. Ce qui me fait penser à la joie, qu’on craint parfois de nommer, encore plus de crier sur les toits de peur qu’elle ne s’effrite. Le malheur, lui, toujours tonitruant, ne se gêne pourtant pas. Mais je comprends aussi qu’à la lumière et à la transparence – comme le suggère le printemps de Charlie – suffit un muet éclatement. Nul besoin de parader pour que l’élégance atteigne son but de bonté. Nul besoin de hurler pour que la bonté atteigne son but tout court. Il suffit au contraire de se taire. Ce qui affamera les ragots, garrottera les médisances, tarira le fiel.

Printemps sur le sentier. Photo par Charlie McKenzie

L’autre jour, mon chéri, remarquant que j’avais accroché un tableau à un endroit tout à fait incongru dans la maison, s’exclama qu’il n’y avait bien que moi pour penser à une affaire de même. Je ne saurais dire si j’entendis alors un reproche ou un compliment. Mais quoi qu’il en soit, je reçus sa remarque comme le reflet de ma différence. Celle qui fait de moi une excentrique quelquefois, une atypique dans certains comportements, une femme à l’allure vestimentaire parfois baroque, à la parole sans ambages. Mais n’allez pas croire, je sais aussi être silencieuse, sage et même timide. Ce que je veux dire c’est que je n’ai pas honte de côtoyer le prince et la comtesse en roturière que je suis, pas plus que je ne veux renier mon amour de l’art ou de la philosophie, des nourritures délicates et des vins fins tout en partageant des goûts béotiens et des appétences terre à terre. Nous ne sommes pas tous égaux en fortune, en intelligence, en talents, mais là où nous pouvons l’être, égaux, c’est dans notre humanité, notre bonté, notre amour. Je ne suis pas toujours empathique, charitable, aimable, loin s’en faut; j’essaie, le fantôme de mère Térésa n’est jamais très loin de moi, mais l’assurance dont je vous parlais l’autre fois a aussi contribué, en mon grand âge, à un confort de l’être qui me permet la simple simplicité. Qui offre lumière et transparence. On en revient encore une fois à l’art. Encore une fois à Charlie.

Heureux printemps chères et chers amis.

Dyane Raymond
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