Ce matin de fin avril, une brume épaisse; des plaques de neige parsemées dans la prairie, dans la forêt; le petit lac, derrière le ruisseau en délire, pas encore calé… Qu’importe! Le printemps est arrivé, on le sait. Et jour après jour, la nature va débourrer à toute vitesse. Les chats, tout de blanc et de doré vêtus, ressemblent à des pantomimes et se déplacent précautionneusement entre les flaques de boue autour de la grange. En bas mon chéri cloue, scie, tape du marteau, et l’odeur de la sauce à spaghetti qui mijote remplit l’espace de la maison. Voilà le décor. Voilà ce jour, dans les musiques et les silences des choses vivantes. En vieillissant, la présence de la mort se rapproche, et comme le remarque mon amie Sophie, ce n’est pas de la littérature. L’appréhension de cette chose cent fois nommée, souvent vue, parfois accompagnée. Un jour ce sera notre tour on se dit, on ne sait pas comment, on ne sait pas quand. J’entends certains penser que c’est un peu morbide mon affaire, aujourd’hui. Ouais… Mais il y a aussi la manière, j’imagine, d’envisager les choses, la manière de vieillir, comme on a vécu, et avec un peu de chance et d’entendement, avec un meilleur esprit.

Bouquet de printemps. Photo par Charlie McKenzie

Ce matin, j’observais le paysage, l’horizon, l’image de Charlie, et je pensais que l’amour est étrange, que ça grandit dans la persévérance, dans le regard des milliers de fois posé sur la beauté du vivant. L’autre affaire, que je ne nommerai plus pour ne pas vous déprimer, est-elle aussi du vivant ? Peut-on l’aimer ? L’accepter pour soi ? Les croyants ont pour eux la foi de l’Éternité. Aujourd’hui devenue une femme vieille, j’essaie de n’envisager qu’un jour à la fois, mieux profiter de la beauté du vivant. Aussi longtemps qu’on est en santé, en forme et relativement serein, on conserve plus ou moins cette illusion d’immortalité qui nous a portés une grande partie de notre existence. Plus tard ? Je ne sais pas, je ne suis pas rendue là. Je ne peux – là –, que reconnaître la noblesse de la paix, que respecter la fragilité de l’univers, qu’espérer continuer de célébrer en amour et en grand d’autres printemps et des anniversaires, comme les 70 ans de l’ami Julien y’a pas longtemps, les 63 ans de ma mie, ensuite… des moments mémorables.

Dyane Raymond
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