«Vivre et laisser vivre», concluait l’entomologiste interviewé à la radio au sujet d’une espèce d’araignée nouvellement répertoriée dans une région du Québec. Comme beaucoup de choses, c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. Plusieurs ont peur des araignées, une phobie courante dans l’imagerie populaire. Alors que ce sont de petites bêtes le plus souvent inoffensives et surtout très utiles pour attraper dans leurs mailles d’autres insectes plus nuisibles. Vivre et laisser vivre… Que ce soit par peur, obstination, volonté inflexible d’avoir raison, entêtement, bêtise, orgueil, qu’importe : tu ne penses pas comme moi, c’est donc que tu as tort. Tu vois les choses autrement, c’est donc que je suis dans l’erreur. On empiète sur le territoire de l’autre, on se fait traiter d’intrus, d’emmerdeur, de princesse.

Le grand bouc. Photo par Charlie McKenzie

Quel que soit le point de vue, avoir une opinion divergente, agir autrement, n’être pas comme l’autre, n’avoir pas les mêmes besoins, les mêmes idées, est perçu comme une agression, et on doit affronter les fronts communs voire l’opprobre de la majorité, et peu importe qu’elle se compose de cent personnes ou de dix ou de deux. C’est une exclusion, et celle-ci, qu’on s’en rende compte ou pas dans le feu des conversations entre collègues, des fêtes de famille, des 5 à 7 au soleil, créent des blessures, souvent muettes, souvent transparentes, toujours affligeantes. Je ne parle pas d’une blessure qui heurte la grégarité naturelle des humains, mais de celle qui égratigne imperceptiblement cette partie fragile de l’âme qu’on appelle la sensibilité. Sensiblerie, railleront les cyniques, sans intérêt, trancheront les péremptoires, niaisage, se défendront les entêtés. Alors qu’il ne s’agit que d’une différence. Qui ne demande qu’un peu d’écoute et de compréhension.

« Je me respecte trop pour ça », rétorquait mon amie L. lorsque je la taquinais à propos d’une de ses convictions. Un mot noble, important, que le respect, difficile à vivre (et laisser vivre). Comme l’amour. « J’ai fait de la peine à ma mie… Qu’il est difficile d’aimer », reconnaît Gilles Vigneault. Le respect et l’amour impliquent l’attention, la douceur, la tolérance. Impliquent aussi la différence. Vivre et laisser vivre.

Dyane Raymond
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