Peu à peu on devient vieux. Imperceptiblement, le pas rapetisse, la technologie nous dépasse, etc. Hier en marchant sur le trottoir glacé, je pris le bras de mon jeune collègue Wilfried et me sentis aussitôt plus assurée. Je trouvais que ça faisait un peu « vieille dame » et en même temps, nous étions, je crois, tous les deux ravis de ce geste somme toute naturel. Plusieurs personnes, la soixantaine passée, plusieurs personnes vantent leur jeunesse de cœur et d’esprit, réclamant le droit à l’éternité dont tous les jeunes jouissent sans même y penser. Personnellement, je ne me suis jamais sentie aussi heureuse que vieillissante. Jamais aussi libre, sereine et détendue. Je peux embrasser du regard un présent, un passé et un avenir avec une acuité de l’instant qui n’a jamais été aussi aiguisée. Je réfléchis, agis, médite avec tout l’amour accumulé d’une vie longue et mouvementée.

L’autre jour, une copine que je n’avais pas vue depuis des décennies est venue chez moi avec une pile de photos de nos années de prime jeunesse. Elle voulait se souvenir. J’aurais aimé qu’elle me parle de sa joie… Elle cherchait des chemins d’allers et retours, j’aurais aimé lui proposer des voyages, des ailleurs, de l’inconnu. J’aurais aimé remplir son verre d’un vin pétillant et joyeux dont l’ivresse donne envie de danser, seule ou avec d’autres, au lieu de lui verser une tisane sage et fade.

Hommage à nos ancêtres Photo par Charlie McKenzie

Peu à peu on devient vieux, et les jeunes nous vouvoient, nous prêtent leur vigueur et leur force, nous rendent hommage. C’est la vie, belle et renaissante, comme tous les printemps du monde. C’est le temps de la vie où la fragilité peut devenir délicatesse, le temps de la vie où l’impatience se changera en lenteur chaude, le temps de la vie où l’arrogance se métamorphosant en ouverture éclaire des possibles, le temps de la vie où les limites ne sont plus à dépasser mais à apprivoiser.

Ni jeune ni vieille, je sais néanmoins que j’ai maintenant dépassé la mi-temps de la vie. Je suis reconnaissante à la Nature de m’offrir ce printemps éblouissant, dont la sève nous gratifiera bientôt de son précieux suc. Je suis reconnaissante à la Nature de réveiller chaque jour en moi la force d’aimer. Et comme Charlie me l’a si justement inspiré avec son image, je lui rends Hommage.

Dyane Raymond

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