Quel lien y a-t-il entre la neige, les chauffeurs de taxi et les signes religieux ? Ni peu ni prou. Si ce n’est qu’effectivement en ce matin printanier d’avril, il neige à plein ciel dans mes montagnes, qu’à l’instar des chats, je regarde tout ça d’un œil impavide à travers le filtre de la fenêtre, et que mon chéri commente l’actualité en lisant « La Presse ». C’est plutôt le filtre, tiens, qui retiendrait mon attention ce matin. Celui derrière lequel se cachent les fleurs de Charlie comme si elles voulaient se garder des humeurs frivoles, frileuses, friponnes de « l’outside » de la vie. Car n’est-ce pas à cela que servent ces fameux filtres ? À taire les pensées ping-pong qui rebondissent dans notre tête devant un ami, un inconnu, un collègue, un patron… Des pensées qui, mises en paroles, provoqueraient, blesseraient, choqueraient, humilieraient.

Heureux printemps Photo par Charlie McKenzie

Par ailleurs, c’est si facile de faire jouer un petit pouvoir ordinaire devant celui ou celle qui ne possède pas la parole, qui ne possède pas la répartie ou l’art de convaincre — moi je dirais d’emberlificoter. C’est si facile d’écraser l’autre du poids de sa petite hauteur. Je vous ai parlé une fois d’une araignée laide et énorme qui me faisait peur et que j’ai choisi de porter dehors plutôt que de l’écrabouiller sous ma chaussure. Ça n’a rien changé à ma vie, si ce n’est que je me suis sentie moins « cheap » après. Pas plus forte, juste moins plate. Avec les gens, c’est un peu la même chose, si on trouve le courage d’abaisser le filtre, de dire ou d’écouter le fragile de son équilibre, l’élégance de sa sensibilité, alors oui, on verra mieux la fleur ; alors oui, on entendra la musique.

Maintenant, lorsque je me retrouve dans une fête où les gens me connaissent moins, je les préviens d’emblée : tout à l’heure, lorsque je serai un peu pompon, je vous parlerai d’amour. Ne vous surprenez pas, ne vous offusquez pas, ne riez pas. Car rien n’est plus vrai que ces paroles en l’air sur le bateau ivre de la joie, qui tangue un peu, c’est sûr ; j’échouerai sans aucun doute l’alcootest, mais pas celui de la vérité. Mes amies vous le diront, je n’ai pas le vin triste, j’ai le vin gai au contraire, et l’expression plus guillerette encore. Alors, je lève mon verre à votre santé mes amies et amis, et vous dis que je vous aime, en cet heureux printemps. Je radote un peu, je sais… excusez-la !

Dyane Raymond

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