C’était un samedi froid du mois de mai. J’allais saluer mon amie qui venait de perdre sa maman. Je n’avais pas l’intention d’assister à la messe des funérailles, mais me ravisai au dernier moment. Je vous l’ai souvent dit et ce n’est un secret pour personne, je ne suis pas croyante, mais j’apprécie beaucoup l’atmosphère qui règne dans les églises. Là où se mêlent à la richesse des dorures, vitraux, boiseries et statues, des odeurs d’encens, des chuchotements, une certaine humeur contemplative et une retenue où l’humilité peut alors s’élever au rang de valeur originelle.

Installation Yves Auclair Photo par Charlie McKenzie

Je connaissais déjà l’élégance et la grâce de mon amie, et ne fus donc pas étonnée de les retrouver dans les gestes ponctuant la cérémonie familiale. Ce qui me frappa en revanche, ce fut la puissance du rituel. Insinuant un souffle cathartique, certainement, aux personnes endeuillées, mais aussi, de mon point de vue, suggérant à cet adieu une aura de respect et de sacré, qui rendait un hommage digne à cette dame en la plaçant bien sûr au centre de l’événement, en même temps que dans le cœur de chacune et de chacun. Sans faste ni ostentation, avec des gestes et des paroles qui ressemblaient à la famille que cette femme avait tenue à bout de bras pendant des décennies.

Pendant que se déroulait la cérémonie, je sentais que j’avais perdu quelque chose en cours de route, non pas Dieu ou la foi, mais une part du mystère de la vie. Ça ne remettait pas en cause mon athéisme, mais certainement ma manière d’envisager les moments importants de l’existence que sont la naissance, le passage de l’enfance à l’adolescence, l’engagement d’un couple, et bien sûr la mort. Je ne sais pas si les protocoles ecclésiastiques autorisent une telle chose, mais je vous confie officiellement que j’aimerais beaucoup que mon hommage funèbre, sans être religieux, se déroule dans une église. Pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, et aussi pour offrir la chance à mes proches de ressentir ce que moi-même j’ai éprouvé ce jour-là : la valeur immense d’un être humain. Pas en termes de notoriété, de richesse ou d’importance, mais pour le fil ténu, invisible, signifiant et unique qu’elle et il trace au cours de son existence. Après quoi, je veux, comme chante Jacques Brel, qu’on boive, qu’on mange et qu’on danse. Parce que la vie continue. Et qu’elle est parfois belle. Comme ce matin où le soleil est partout, que l’herbe pousse — ah ! il faudra bientôt la tondre (clin d’œil à Charlie), et que l’art est aussi une chose sacrée dont il faut prendre soin (clin d’œil à Auclair).

Je vous souhaite un été heureux et chaleureux, chères amies, et amis.