On écrit des listes : d’épicerie, d’affaires à faire, de gens à appeler, etc. On prévoit des tas de choses à accomplir ; on en réalisera certaines, d’autres pas. Parfois il y a de l’agitation dans l’air, ou c’est le calme plat. De quoi on a besoin là maintenant ? Ce temps qui manque tout le temps. Ce soleil d’été qui disparait toujours trop vite. Cette nuit agitée de rêves et d’étoiles.

Photo par Charlie McKenzie

Ce matin-là, j’étais contente parce que je partais de la ville de bonne heure et que j’arriverais à la campagne à temps pour assister à la fête champêtre des bénévoles du Cantonnier. Pour une fois. J’avais même programmé mes vacances en conséquence. Mon chéri avait besoin de l’auto, mais qu’importe, la fête se déroulait à Saint-Jacques alors je pourrais m’y rendre à pied. La pluie avait cessé. J’étais arrivée en bas de la côte quand je reçus quelques gouttes. Bof, pas bien grave, me disais-je ; mais je n’avais pas avancé de trois pas que le déluge se déchainait. En quelques secondes, j’étais mouillée de part en part. On ne voyait plus rien à un mètre devant soi. Par chance, ma chère voisine Dominique est venue à ma rencontre en auto et m’a sauvée des eaux, m’a ramenée à la maison, en sécurité. J’étais évidemment trempée, mais davantage secouée par la violence de la tempête. J’étais à l’abri, à nouveau au sec, j’ai pensé : Les rendez-vous manqués. J’ai pensé à tout l’amour du monde que contenaient ces quelques mots. À la tendresse que je ressentais malgré l’absence. J’ai pensé que je ne verrais pas ces chers collaborateurs et collaboratrices comme je m’en réjouissais. Que l’instant était inscrit ainsi. J’ai allumé un petit feu dans le poêle même s’il ne faisait pas vraiment froid, pour chasser l’humidité et les regrets.

Quand Charlie m’a envoyé la photo pour notre prochaine chronique, j’ai pensé à mon vieil ami Benoît, têtu, hirsute, d’une élégance qui n’appartient qu’à lui ; que j’ai tant aimé, et encore. J’ai pensé à toutes les fois où je me promets de l’appeler sans le faire. J’ai allumé un petit feu dans mon cœur, même s’il ne faisait pas froid, pour chasser l’humidité et les regrets.