Les humeurs de la poésie. Le bateau ivre, dirait Arthur ; un squelette d’homme sur un squelette de moto, imagerait mon ami Charlie. Récemment, je réfléchissais à la foi qui déplace les montagnes. À toute la foi qu’un artiste, par exemple, doit porter pour faire vivre une œuvre. C’est sûr qu’il faut être un peu fou pour croire avec tant de force, pour agir avec tant de nécessité et de détermination. Ne la cultivant pas, je ne peux savoir si la foi religieuse porte en elle autant de bonté ; j’ai pourtant constaté un geste le laissant penser l’autre jour. J’étais dans une boutique tenue par des madames vietnamiennes, qu’après cet épisode je soupçonne d’être bouddhistes, même si rien d’ostentatoire ne le démontre. Un homme est entré, tenant dans ses bras un grand garçon d’environ six ou sept ans ?! Il parlait vite et beaucoup, des propos décousus, bizarres, délirants. La patronne s’est avancée vers lui, s’est occupée de l’enfant et lui a même offert un petit cadeau au moment où il s’apprêtait à partir. Cet incident a duré à peine plus de cinq minutes et s’est déroulé en douceur. Je ne suis pas naïve au point de croire que la simple bonté peut triompher de la grande Bêtise, mais je reste néanmoins persuadée que la paix est plus efficace que la hargne, l’amabilité plus élégante que la colère, que la dignité commence là où le respect s’inscrit comme un art d’existence, que la peur est mauvaise conseillère au royaume des gens heureux, etc.

Photo par Charlie McKenzie

Dans la culture mexicaine, la mort et les images de la mort sont répandues, importantes, les squelettes souvent hauts en couleur ne sont pas inquiétants, au contraire. Comme cette fête d’Halloween que nous nous apprêtons à célébrer avec nos monstres chéris et nos sorcières bien-aimées. « Et vogue le navire », conclura mon chéri en plaquant un accord de piano.