Photo par Charlie McKenzie

Cette photo de Charlie est si parfaite, à mes yeux, que je le soupçonne de l’avoir prise au paradis même. Mais l’artiste garde ses secrets…

Et voilà que novembre invite l’hiver sans nous demander notre avis. Novembre, le mois honni, qu’on aurait envie de ramasser avec une feuille d’essuie-tout comme un dégât dans une pub. Pourtant, en voyant la blancheur de cet animal splendide dans ce trésor de couleurs, je ne peux qu’évoquer la beauté. De la vie bien sûr. De la Nature. Du moment.

À certaines heures de mon existence où ça allait vraiment mal, je maudissais jusqu’à ma résilience qui me faisait espérer et lutter au lieu de juste sombrer, m’engourdir, oublier… Mais l’instinct de survie, malgré moi, avais-je l’impression, était le plus fort, et avait raison de ma peine et de mon sentiment d’impuissance. Je ne suis pas spécialement une battante, mais j’ai une tête de cochon, confirmera mon chéri. Et devant l’adversité, je ne pouvais, me semblait-il, me résoudre à une défaite plate et brutale. Je n’ai jamais vraiment craint de perdre une bataille, ni la guerre, ni même la face. Mais mes clés, oui. Ça me terrorise. Au propre comme au figuré. Perdre la possibilité de me mettre à l’abri. Perdre le pouvoir de comprendre et d’agir. Peut-être que ça m’arrivera un jour, personne ne peut prévoir comment et jusqu’où nos peurs nous rattrapent. C’est une des raisons, je crois, pour laquelle cette photo me touche tant, parce que la vie réussit encore à m’étonner, m’émouvoir, me ravir. Parce que la bonté d’un artiste suscite encore en moi une reconnaissance sacrée, comme en éprouvent peut-être les croyants devant une icône. Et là, je pense à Yves Auclair, à Francine Leduc, je pense à la fanfare Pourpour, à mon amie Danielle, à St-Jak, à René Lussier, à mon chéri, à Charlie McKenzie, à Serge Giguère… des peintres, sculpteurs, musiciens, cinéastes, photographes, d’ici, de Saint-Jacques et des alentours. Chacun de nous est sensible à sa manière à la beauté de la vie, et connaît quelqu’un qui sait la transmettre avec une grâce et une bonté particulières. Pour moi, la résilience, le feu de l’amour et de la joie viennent de là. Je les en remercie.

Dyane Raymond

Latest posts by Dyane Raymond (see all)