Photo par Charlie McKenzie

Rendez-vous manqué bis. Pourrait être le sous-titre de cette chronique, qui pourrait aussi s’inscrire comme une version ratée et pas drôle de Maman, j’ai raté l’avion 2. Pourtant, je comptais bien cette fois-ci ne pas faire faux bond à l’invitation de la fête de Noël des bénévoles du Cantonnier et m’étais préparée des semaines à l’avance. Un empêchement de dernière minute, évidemment imprévu, évidemment inévitable, est venu contrecarrer mes plans. J’aurais pu alors enfiler mes lunettes roses, comme le suggère Charlie, et voir les choses avec le prisme réconfortant de la résilience, mais là, ça ne fonctionnait pas, et je me sentais profondément triste. Exagérément, suis-je même tentée d’ajouter. Ça m’a pris au moins deux jours à m’en remettre, et surtout à comprendre pourquoi je réagissais avec autant de virulence : j’étais en panne d’affection, je m’ennuyais de mes amies-amis. Au Cantonnier, nous partageons un réel amour pour notre journal ; c’est, je crois, ce qui me rend si attachante la relation avec les femmes et les hommes qui y collaborent. Et comme dans toute relation, nous avons besoin, de temps à autre, de nous voir, de nous parler, de trinquer, de vivre ensemble des moments de joyeuse et frivole convivialité.

Le plus souvent, la solitude est pour moi une grâce et un bienfait. Mais je ne suis pas une misanthrope, loin s’en faut, et ma plénitude a « aussi » besoin de l’Autre pour exister. Avec un grand A, comme Affection. Avec un grand A, comme Avec. Cet autre si difficile à aimer parfois, si difficile à comprendre par moments, si difficile à accepter comme elle ou il est, quand on le mesure à son aune.

Je n’ai pas envie de dire – À la prochaine fois, – On se reprendra, – On se voit bientôt, ni rien du genre. Je ne dirai rien, parce qu’il n’y a rien à dire, parce qu’une émotion est parfois une tache indélébile, et que l’esprit, le cœur, n’est pas un vieux chandail qu’on peut enfouir en dessous d’une pile. La tache restera, certes, mais le chandail est si doux, si rose, que je continuerai de le porter fièrement. L’Autre est si important à mes yeux, à mon cœur, que je me pardonnerai mon absence. Pour mieux continuer à aimer.

Je vous embrasse, toutes et tous, tendrement, Vous du Cantonnier, et les Autres.

Dyane Raymond
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