Pour exporter de l’électricité aux États-Unis, il faut des lignes de transport. Au printemps 2018, Hydro-Québec a démarré des études pour un projet de ligne d’interconnexion entre son réseau (à partir de son poste de Saint-Adrien-d’Irlande) et celui du Maine (à la frontière dans la municipalité de Frontenac). Le projet prévoit une ligne de courant continu d’une tension de 320 kilovolts (kV).

Le projet
Fin novembre, Hydro-Québec proposait un tracé qui jumellerait la future ligne au couloir de celle déjà existante, sur un parcours de 75 km, entre Saint-Adrien-d’Irlande et Lac-Mégantic. Le tracé serait complété par un nouveau tronçon de 23 km entre Nantes et Frontenac à la frontière. Au total, pas moins de onze municipalités seront touchées (voir le tableau). Selon Hydro-Québec, l’approche adoptée dans ce projet permet de minimiser les impacts sur l’environnement : on évite la création d’un tout nouveau couloir de lignes avec son lot d’expropriations, de déboisement et de perturbation des milieux humides. Par contre, il faudra élargir l’emprise de la ligne déjà existante, d’une largeur de 46 mètres, et lui ajouter 25 mètres supplémentaires.

Carte du tracé proposé

Pourquoi ne pas enfouir les fils ?
Pour protéger l’environnement et les paysages, ne serait-il pas plus sage d’enfouir les fils de la ligne de transport d’Hydro-Québec ? Cette question, plusieurs se la posent, d’autant que la Central Maine and Quebec Railway proposait d’utiliser son emprise ferroviaire pour enterrer la ligne. L’entreprise se disait prête à louer ses espaces à Hydro-Québec.

Nous avons posé la question à M. Philippe Messier, ingénieur de projet pour Hydro-Québec. Cette proposition d’enfouir la ligne vers le Maine a fait partie de la base de discussion, mais n’a pas été retenue pour plusieurs raisons. Tout d’abord, utiliser l’emprise ferroviaire aurait impliqué un tracé beaucoup plus long que celui retenu et aurait nécessité un point de départ éloigné de Saint-Adrien-d’Irlande. Ensuite, enfouir les fils coûte nettement plus cher que de bâtir un réseau aérien. Enfin, le projet retenu profite de l’existence d’une ligne déjà installée : y jumeler la future ligne se ferait donc à moindre coût, avec moins de perturbations environnementales.

« Nos critères d’évaluation touchent l’environnement, l’économie et l’impact social de notre projet. La durée de vie d’une ligne, c’est cent ans, alors il faut bien penser à minimiser les perturbations », nous rappelait M. Philippe Messier. Les consultations préliminaires ont permis d’établir un consensus autour de l’idée d’emprunter le tracé de la ligne déjà existante.

Les citoyens furent nombreux à la consultation tenue par Hydro-Québec début décembre. Photo par Yves Lirette

Les champs électriques et magnétiques
Pour ceux que cela préoccupe, nous avons abordé la question des champs électromagnétiques générés par ces lignes électriques, et les experts de la société d’État nous assurent qu’il n’y aura pas d’impact, tant pour les humains que pour la faune, la flore et les productions agricoles environnantes. Les études, aussi bien de l’Organisation mondiale de la Santé que du ministère de la Santé et des Services sociaux, sont claires à ce sujet.

Soutenir les communautés
Enfin, Hydro-Québec dit vouloir intégrer à son projet le développement des communautés d’accueil en offrant, par l’entremise de son Programme de mise en valeur intégrée, de l’argent pour réaliser des initiatives d’amélioration durable de la vie collective. Ces initiatives peuvent toucher les infrastructures, le développement touristique ou l’environnement. Au moment où le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) allume les voyants rouges de l’urgence climatique, ces interventions apparaissent hautement souhaitables.

Consulter
Les 4 et 5 décembre, la société d’État a organisé des consultations publiques à Thetford Mines et à Lac-Mégantic pour prendre le pouls de la population. On nous a cependant avisés qu’il n’y aurait pas de consultation publique au cœur de la région visée, soit dans les secteurs de Disraeli ou de Stratford. « Nous avons mené des consultations auprès des députés, des municipalités et des organismes du milieu pour obtenir des commentaires et avis préliminaires. Les propriétaires et riverains affectés ont également été joints et nous avons utilisé les médias sociaux », de nous indiquer Mme Lynn St-Laurent, porte-parole d’Hydro-Québec.

Les étapes ultérieures
À la suite de ces consultations, Hydro-Québec ajustera son tracé pour minimiser les impacts de son projet dans la perspective du plus grand consensus possible. Les autorisations gouvernementales viendront à l’été 2019 – hiver 2021 et la construction au printemps 2021 – automne 2022 pour une mise en service à l’automne 2022.

Pour tous ceux qui voudraient formuler un commentaire ou exprimer une opinion, un formulaire à remplir en ligne est disponible sur le site d’Hydro-Québec à l’adresse suivante :

https://www.hydroquebec.com/projets/interconnexion-appalaches-maine/documentation-personnes-ressources.html