charliberteIl est rare, au Cantonnier, que nous adoptions une position éditoriale, toutefois les événements qui ont marqué les Français la semaine du 7 janvier 2015 nous concernent tous. À preuve, la mobilisation générale et mondiale qui a suivi, la grande marche à laquelle participaient plusieurs chefs d’état, dimanche le 11 janvier 2015. Sur toutes les tribunes, on scande les mots démocratie, liberté d’expression ; tous les visages sont marqués de gravité, de consternation, de tristesse ; des familles, des amis sont en deuil, des populations aussi. On ne peut pas ne pas penser au 11 septembre, à Mégantic ; car oui, il s’agit dans les deux cas de déraillement. Déraillement humain, déraillement ferroviaire, déraillement d’une humanité où le pouvoir de l’homme affolé de dieu prend le dessus sur l’amour, où le pouvoir de l’argent prend le dessus sur la simple bonté.

On se dit souvent malgré nos difficultés quotidiennes que nous avons quand même la chance de vivre dans un pays où la majorité des gens mangent à leur faim, ont un toit pour se couvrir, ont accès à l’éducation, à des soins de santé. Tout cela est imparfait et n’acquitte en rien les politiciens de leur laxisme quand ce n’est de leurs mensonges. Nous avons aussi accès au droit de parole, de pensée, d’expression, c’est vrai. Qu’on soit d’accord ou non les uns avec les autres, nous avons le droit, voire le devoir de le dire en tout respect tout honneur, ne serait-ce que pour ouvrir une voie de communication et permettre ainsi à tous et chacun d’évoluer. Les caricatures, les idées politiques, philosophiques, religieuses appartiennent certes à ceux et celles qui les expriment, mais appartiennent aussi à une collectivité.

Cela m’amène à réfléchir à ce que représente Le Cantonnier pour chacun de nous. Notre cher et original caricaturiste y a sa place, nos chroniqueurs et collaborateurs y ont leur place, chacun de nos bénévoles est important, nos commanditaires sont importants, notre coordonnatrice et sa précieuse assistante sont indispensables. Qu’on soit ou non d’accord avec leur façon de dire ou de faire. On entend parfois, à tort selon moi, que personne n’est irremplaçable. Cabu, Wolinski, Charb, pour ne nommer que ceux-là, ne seront jamais remplacés. Le Cantonnier est un journal communautaire, ce qui signifie qu’il appartient à sa communauté. À chacun de ses artisans donc et à tous ses lecteurs : chaque individu qui prend la peine de le lire, de le commenter, de s’impliquer d’une manière ou d’une autre dans son contenu et sa pérennité. C’est pourquoi l’équipe du Cantonnier tient à joindre la sienne aux autres voix : Nous sommes Charliberté !