Notre jeunesse s’amusait de tes moutonneuses rides,
Sans cesse nous revenions dans tes humides bras.
Exaltés comme autant de chevaux sans brides,
Se couler avec toi, sans jamais perdre le pas.

Certains jours, le tonnerre excitait ta colère.
À d’autres, le soleil s’immolait sur ton tain.
Violée, bafouée, ton eau comme une prisonnière
Se débattait puis, comme caressée, se calmait et dormait enfin.

Combien de fiertés déchues et de vies insouciantes
Ont trouvé en ton sein repos ou malheur.
Aux interminables notes de ton eau qui chante et enchante,
S’opposent les cris des amantes et mères qui pleurent.

Comme dans une alcôve, combien d’amoureux as-tu réconciliés
Les berçant trompeusement dans ton miroir aux chimères?
Tel un fin raconteur, combien d’enfants as-tu volés
Et donné raison aux pires phobies de leur mère?

Nous étions jeunes, toi déjà portais la barbe.
Notre vie chemine, la tienne semble immuable.
Comme les sillons dans le tronc d’un arbre,
Tu as imagé le livre de ma vie de souvenirs impérissables.

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