Le processus mené par les municipalités du secteur sud de la MRC des Appalaches, lequel devait aboutir à la création d’une régie régionale de lutte contre les incendies, vient de s’enrayer à la suite du déconcertant et inattendu refus de la Ville de Disraeli d’y joindre sa résolution d’appui.

Jusqu’alors, toutes les autres municipalités de la région, à savoir Saint-Joseph-de-Coleraine, Saint-Julien, Saint-Jacques-le-Majeur, Beaulac-Garthby, Sainte-Praxède et Stratford — même si cette dernière loge dans la MRC du Granit —, avaient par résolution adopté un scénario pour la répartition des coûts afférents à la mise en place de l’éventuelle nouvelle structure. Toutefois, et c’est là que le bât blesse, les élus de la Ville de Disraeli ont rejeté la mécanique du calcul servant à fixer sa contribution.

Caserne de pompiers de Disraeli. Photo par Yves Lirette

Il va sans dire que ce revirement a surpris et décontenancé les maires des municipalités impliquées. « Ils ont manqué le bateau », réagit la mairesse de la Paroisse de Disraeli, Jacinthe Patry, y voyant un « refus de participer à une structure supérieure améliorant le schéma de couverture ». « Sans Disraeli, on n’embarque pas et la régie n’existe pas », a commenté pour sa part le maire de Saint-Joseph-de-Coleraine, Gaston Nadeau. « Je trouve dommage que ce soit Disraeli qui ne va pas de l’avant, estime le maire de Sainte-Praxède, Daniel Talbot. C’est la Ville qui nous a mis de l’avant et on ne le sait même pas par elle », ajoute-t-il dépité. Quant à lui, le maire de Stratford, Denis Lalumière, n’est pas en reste, se montrant très déçu et choqué par cet échec tant sur le fond que sur la manière dont il s’est réalisé.

« On a dit non au modèle présenté, explique le maire de la Ville de Disraeli, Jacques Lessard. On ne voyait aucun avantage financier. C’est pourquoi on désire travailler sur quelque chose de plus équitable que la proposition qui a circulé. De plus, on va attendre le nouveau schéma de couverture de risque que présentera en 2021 la MRC pour relancer éventuellement la démarche. Il y a peut-être d’autres options, d’autres formes possibles ». Aux yeux du maire Lessard, il n’y a pas actuellement d’autres réunions prévues, mais le dossier n’est pas clos.

Il faut savoir que quatre municipalités possèdent un service de lutte contre les incendies muni d’équipements d’inégale valeur et de capacité : outre la Ville de Disraeli, il s’agit de Saint-Joseph-de-Coleraine, de Stratford et de Beaulac-Garthby. Le nombre de pompiers volontaires, dont le recrutement est problématique, varie en fonction des disponibilités. Plusieurs ententes intermunicipales assurent une protection aux municipalités qui ne disposent pas de service de lutte. Toutefois, ces ententes de durée limitée et renouvelable sont parfois difficiles à conclure et donnent lieu à quelques situations incongrues, faisant en sorte que ce n’est pas toujours la proximité qui prédomine sur la demande d’aide.

Enfin, il faut se rappeler que ce dossier de regroupement sous la forme d’une régie n’en est pas à ses balbutiements puisqu’une première tentative au début des années 2000 avait échoué. Les intérêts de diverses natures ont un égal pouvoir de coalition ou de dispersion. La table des maires du secteur sud appelle un consensus, dont l’avènement s’avère souvent pénible. La démocratie aspire à l’unité dans la diversité.