Par Réal Jacques

À l’été 1972, un groupe de jeunes photographes s’établissent à Disraeli et prennent quelque 200 clichés de notre milieu, « Disraeli, 1972 ».  La sélection de photos retenue pour paraître dans le supplément Perspective de la Presse du 9 février 1974 ne fait pas l’unanimité et les notables d’alors ne manquent pas de signifier leur indignation…

Ti-Noir Lajeunesse. Photo prise dans le Rang 5 de Garthby (Chemin de la Croix) près de la grange de M. Arthème Masse; la maison au loin est celle de M. Émile Brouard aujourd’hui habité par son fils Gilles.

Cependant, l’une de ces photos a été retenue par un comité de sélection de Postes Canada pour figurer sur l’un des 33 timbres qui paraissent dans la série «La photographie canadienne» de 2013 à 2017;  ces photos sont marquantes dans l’histoire de la photographie canadienne.

Mme Claire-Beaugrand Champagne, première femme photographe documentaire du Québec, se voit donc honorée qu’un de ses clichés, «Ti-Noir Lajeunesse, le violoneux aveugle» soit sélectionné pour être parmi les 5 derniers timbres parus le 4 juillet 2017.

Qui était Ti-Noir Lajeunesse?
Natif de Disraeli en 1914, Fortunat, dit « Ti-Noir Lajeunesse » vécut ici presque toute sa vie.  Comme tous les jeunes du temps, il fréquenta le Collège Gérard Raymond et avait de belles ambitions.  Malheureusement, un malencontreux accident le rendit presque aveugle et mit fin à ses beaux projets.  Heureusement, il y avait la musique.  Il rejoignait souvent ses amis pour faire danser la jeunesse du temps (1950-1960) lors de petites veillées dans les maisons privées.  À l’époque, il n’était pas rare de le voir, accompagné de son neveu Claude, dit Ti-Coune, prendre sa marche sur la rue St-Thomas. Il mourut à Sherbrooke en 1983.

La ville de Disraeli est fière de constater que l’un de ses citoyens figure dans une série de photographies des années 1970 illustrant une facette du milieu social québécois d’alors : une époque révolue, mais encore présente dans nos mémoires.