Au tournant du XXe siècle, le Canada français est morcelé en entités provinciales. On passe alors progressivement du nom de « Canadiens français » à ceux de Québécois, d’Acadiens, de Franco-Ontariens, de Franco-Manitobains…

À cette époque, le Manitoba élimine les écoles franco-catholiques (1890) et le gouvernement de Toronto interdit l’enseignement du français, sauf en première année (1912).

C’est aussi l’époque du « Speak white » depuis 1889. Pour éliminer l’usage du français, on le méprise publiquement.

Éducation et détermination
L’avènement de nouvelles technologies de communication (radio francophone en 1922 et télévision francophone en 1954) sort le Québec de l’obscurantisme et de l’isolement.

En 1943, le Québec adopte la Loi sur l’instruction publique obligatoire (jusqu’à 14 ans).

Cette loi devient déterminante pour le développement de l’éducation, l’appropriation de la langue et l’adaptation à une société technologique émergente.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le fait français au Québec prend son essor. En 1962, à Montréal, on fonde Télé-Métropole, l’Office de la langue française et le Conseil des arts.

Survivre par la législation
En 1969, Ottawa adopte la Loi sur les langues officielles qui institue le français et l’anglais comme langues officielles du Canada. En conformité avec cette loi, toutes les institutions fédérales doivent fournir des services en anglais ou en français en fonction de la demande. Le Nouveau-Brunswick adopte aussi en 1969 sa propre Loi sur les langues officielles en instaurant le « bilinguisme officiel ». Pour sa part, l’Ontario se contente d’assurer ponctuellement les services en français dans des régions circonscrites.

Au Québec, le gouvernement adopte la Loi 63, loi pour promouvoir la langue française, qui entraînera de nombreuses manifestations et contestations démontrant la division entre les francophones et les anglophones.

Pour régler le problème, le gouvernement du Québec adopte la Loi 22 en 1974. Mais le débat se poursuit. Le gouvernement adopte alors la Loi 101 en 1977, la Charte de la langue française. Celle-ci fait du français la langue officielle de l’État et des tribunaux au Québec tout en faisant du français la langue normale et habituelle au travail, dans l’enseignement, dans les communications, dans le commerce et dans les affaires. L’enseignement en français devient obligatoire pour les immigrants, même ceux en provenance d’autres provinces canadiennes, à moins qu’une « entente de réciprocité » n’intervienne entre le Québec et la province d’origine (ce que l’on désigne comme la « clause Québec »).

Dès son adoption, de nombreuses contestations judiciaires s’enclenchent. La Cour suprême du Canada en modifie le contenu (clause Québec, affichage, scolarisation) et en limite le pouvoir par la Charte canadienne des droits et libertés.

Pour ce qui est des francophones hors Québec, la Cour suprême du Canada conclut en 1979 que le Manitoba, officiellement monolingue anglophone depuis 1890, doit se conformer à la Loi sur les langues officielles fédérale. Mais il faut attendre jusqu’en 1985 pour que la loi linguistique qui supprime les droits linguistiques des francophones soit finalement reconnue anticonstitutionnelle. Et ce n’est qu’en 1986 que l’Ontario adopte la Loi sur les services en français.

État actuel
En avril 2019, l’Office québécois de la langue française (OQLF) a déposé un rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec. On constate que des modifications importantes dans le monde du travail ont favorisé l’utilisation de l’anglais. On constate aussi que la culture francophone a subi une érosion à l’ère de la diffusion de produits culturels étrangers sur les plateformes numériques où il n’y a plus de frontières.

Pour sa part, le commissaire aux langues officielles (Ottawa) demande dans son rapport 2018-2019 que le gouvernement fédéral dépose un projet de loi pour moderniser la Loi sur les langues officielles « d’ici 2021, au plus tard », dit-il, car il constate que « la distance parcourue n’est pas aussi grande que nous l’aurions espéré ».

Au-delà de la législation, la survie du français dépend autant de l’effort individuel que de celui des organismes, des entreprises et de l’État. C’est à chacun d’entre nous d’être fier de parler français.

Source : « La mémoire qu’on vous a volée », Gilles Proulx
L’Encyclopédie canadienne

Jacques Beaudet
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