La langue française existe en Amérique depuis plus de 400 ans. Précisément depuis l’édit royal de création du Conseil souverain de la Nouvelle-France promulgué par Louis XIV en 1663. Le royaume de France offrait alors à la colonie française le statut de nation française avec, comme langue commune, le français.

Tentative d’assimilation
La Nouvelle-France disparaît en 1763 avec le Traité de Paris. La Proclamation royale de 1763 vise à assimiler la population canadienne-française. On estime qu’au fil du temps la population francophone locale n’aura d’autre choix que de s’assimiler pour survivre.

Mais parce que des Anglais plus au sud veulent rompre avec la monarchie, Lord Dorchester promet aux Canadiens français de respecter leur langue et leur religion s’ils ne s’unissent pas aux Anglo-Américains qui se rebellent. C’est l’Acte de Québec (1774) qui rétablit le droit civil français, mais qui ne donne cependant pas le droit d’avoir un parlement.

Après la révolution américaine, plusieurs milliers de loyalistes viennent se réfugier dans les Maritimes et dans la province de Québec, tandis que certains s’installent au nord des Grands Lacs. Les loyalistes, au Québec, se retrouvent dans une colonie britannique avec des lois civiles et de propriété française. Comme solution de compromis, l’Angleterre divise alors sa colonie nordique en deux parties : le Haut-Canada (l’actuel Ontario) et le Bas-Canada (l’actuel Québec). C’est l’Acte constitutionnel de 1791.

Le Haut-Canada, où s’installent la plupart des loyalistes, adopte la « common law » anglaise, tandis que le Bas-Canada, où vivent la plupart des Canadiens français, maintient ses droits français de propriété et l’ensemble des privilèges acquis par les Canadiens français en 1774.

Lorsque les Américains envahissent le Nord britannique en 1812, le roi demande à nouveau aux Canadiens français de repousser l’envahisseur en échange de la reconnaissance d’une société distincte pour le peuple français d’Amérique. Les Canadiens français, en compagnie d’Iroquois catholiques, repoussent les Américains. Mais la promesse n’est pas tenue. Les patriotes se révoltent et l’armée anglaise les massacre (1837-1838).

Nouvelle tentative d’assimilation
Par l’Acte d’Union (1840), Lord Durham fusionne le Haut et le Bas-Canada, refuse à l’État l’accès au français et préconise une seule langue officielle : l’anglais.

Ce n’est qu’en 1867 qu’il y a un revirement de situation avec l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Les francophones obtiennent alors un demi-État : la province de Québec. Des députés canadiens-français peuvent enfin reprendre en main un certain pouvoir politique. Mais cela a pour effet de limiter de plus en plus le français au Québec. D’ailleurs, un grand nombre d’immigrants irlandais et écossais, donc anglophones, sont intégrés dans l’Ouest canadien.

Puis en 1885, la pendaison de Louis Riel met fin à ce qui restait de l’Amérique franco-amérindienne du régime français. Par la suite, le Manitoba élimine les écoles franco-catholiques (1890).

C’est l’époque du « Speak White », insulte proférée aux Canadiens français qui parlent leur langue en public. Cela a commencé lorsque des députés anglophones ont crié l’injure à Henri Bourassa qui avait tenté de s’expliquer en français à la Chambre des communes (1889).

De son côté, en 1912, le gouvernement de Toronto interdit l’enseignement du français, sauf en première année. Londres avait pourtant juré de protéger les droits des minorités partout au pays.

Ainsi, au tournant du XXe siècle, le Canada français est morcelé en entités provinciales et on tente d’éliminer les minorités francophones hors Québec. On passe alors progressivement du nom de « Canadiens français » à ceux de « Québécois », d’« Acadiens », de « Franco-Ontariens », de « Franco-Manitobains », etc.

Comment la langue française a-t-elle pu survivre jusqu’à aujourd’hui dans de telles conditions ? Nous le verrons le mois prochain.

Source : « La mémoire qu’on vous a volée », Gilles Proulx et L’Encyclopédie canadienne